Alain Soirat généalogiste    
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Un épisode révolutionnaire dans Tulle, où l’on s’apercevra que la futilité peut conduire au massacre quand la raison n’entend plus.

Club des Jacobins de Tulle, séance du 13 avril 1792 :

Première séance

Dès l’ouverture de la séance le président dit : «Frères, la crise violente que nous avons éprouvée lundi dernier, 9 courant qui a mis notre ville à deux doigts de sa perte, par les coupables manoeuvres des ennemis de la Révolution, et l’armement inconstitutionnel d’un grand nombre de citoyens, nous nous sommes rassemblés d’abord pour nous féliciter les uns les autres d’avoir échappé à la mort d’une manière inattendue 2e pour pourvoir à notre sûreté, non seulement pour le présent, mais encore pour l’avenir».
Ceci dit, la liste des membres de la Société a été lue et on a exclus ceux qu’on a cru trés suspects.
M. Mas, aubergiste au Trech s’excuse de n’avoir pu plus souvent assister aux séances et il demande de renouveler le serment, ce qui est accepté. Le secrétaire Lanot est chargé de demander au sieur Marpillat la liste des signataires du Trech.
Le sieur Arnaud père dénonce le fils de Marguerite Dufour qui avait été chez lui pour lui enlever ses armes.
Une députation est envoyée à la municipalité pour la prier de mettre une sonnette d’alarme, pour la ville seulement, aux prisons vu qu’on nous a dénoncé un complot tendant à enlever les prisonniers.
Il est enfin décidé qu’on demandera à la municipalité de faire enlever les armes qui sont chez le sieur Bettinger(?), directeur de la Manufacture.

Deuxième séance

Une adresse est envoyée à la municipalité au sujet de la halle du Trech, comme suite à l’affaire du 9 courant.
Une députation de la Société de Beaulieu vient offrir ses services à la Société en raison des troubles qui viennent d’avoir lieu à Tulle. Des remerciements sont votés et adressés aux frères de Beaulieu.
Le sieur Valade vient se disculper ; il dit qu’il n’était pas au Trech lorsque les contre-révolutionnaires sont allés chez lui pour le forcer à prendre les armes. Il en appelle au témoignage de sa femme.
Une pétition est adressée à la municipalité demandant 1e que la halle aux grains du Trech fut changée ; 2e que l’église des pénitents bleus fut fermée «étant un lieu fort dangereux pour les patriotes» ; 3e enfin, pour engager les officiers municipaux à mettre une cloche d’alarme.
La réponse de la municpalité fut immédiate. 1e il n’est pas possible de répondre, en ce qui concerne la halle, sans avoir réuni le conseil de la commune. La Société décide aussitôt d’adresser sa pétition au département.
2e Au sujet de la cloche, il n’est pas besoin de délibération du Conseil municipal, il suffit que le département donne l’autorisation de prendre une des cloches de la cathédrale.
La Société décide d’envoyer un commissaire pour aller prendre les clefs des Pénitents, ce qui est aussitôt exécuté.
Une circulaire sera envoyée à toutes les sociétés affiliés pour les avertir qu’ils sont menacés des troubles qui ont agité notre ville, en attendant qu’un récit complet de ce qui s’est passé leur soit transmis.

Récit des faits archives de la Corrèze L328, fo 119 et 120

Aujourd’hui, neuf avril mil sept cent quatre vingt douze (1) l’an quatrième de la liberté, nous François Faugeron, administrateur du Directoire du District de Tulle et Joseph Anne Vialle procureur syndic du même district, nous étant aperçus qu’il se formait un attroupement considérable dans la rue du Trech de cette ville et auprès de la halle au blé, nous y sommes tout de suite transportés. Il était alors une heure après midi ; nous avons demandé aux personnes composant cet attroupement quel en était le sujet. Aussitôt nous avons été entourés d’un grand nombre de personnes trés animées qui nous ont répondu qu’ils étaient instruits qu’il se formait un rasemblement de clubistes (2) et d’ouvriers de la manufacture d’armes à feu sur la place de la Fédération (3), que ces particuliers se préparaient à les attaquer et qu’ils se disposaient à se défendre. Ils se sont plaints de quelques irrévérences qu’ils ont prétendu avoir été commises le matin, dans l’oratoire de la Visitation (4). Nous leur avons indiqué les moyens que la loi présente pour faire punir les coupables des irrévérences prétendues ; nous leur avons représenté qu’ils n’auraient pas dû s’attrouper pour cet objet. Enfin, nous leur avons dit que le rassemblement qui leur servait de prétexte ne devait pas leur inspirer de crainte puisque s’il existait, c’était seulement pour faire les exercices prescrits par les lois que les gardes nationales se rassemblaient sur la place de la Fédération. Pendant ce temps là, le nombre des attroupés a augmenté, les têtes nous ont paru s’exalter de plus en plus. Nous avons donc cru que nous devions en prévenir le Département, et même lui proposer de suspendre l’exercice des gardes nationales. A cet effet nous nous sommes transportés au lieu de ces séances ; quelques instants après, ... sont entrés MM. le Président, le Commissaire du roi au tribunal criminel qui nous ont dit que cet attroupement avait pris les armes, qu’il était extraordinairement grossi et qu’il manifestait la plus grande animosité.
Nous avons couru vers l’endroit qui se trouve très près du Département et nous nous sommes aperçus qu’il s’était fait de grands changements pendant notre courte absence ; l’attroupement qui auparavant n’était presque que formé des habitants du quartier, s’était grossi des personnes de tous les endroits de la ville, plusieurs des particuliers que l’opinion publique désigne comme ennemis de notre Constitution y étaient en armes. Le local était entièrement rempli et croisé de baïonnettes ; l’entrée du quartier était fermée par une espèce de garde avancée...
Nous nous sommes jetés au milieu de la foule... nous avons proposé les voies de la Constitution ; mais nos efforts étaient inutiles. L’un nous demandait une défense absolue de porter des bonnets rouges (5) ; l’autre voulait que la municipalité fut cassée ou la dissoudre à coups de fusils ; quelques uns réclamaient la liberté du culte ; plusieurs nous menaçaient nous mêmes ; la plupart enfin criaient qu’il fallait descendre dans la ville et fusiller leurs ennemis...
Nous avons cru alors que nous devions nous assurer de l’état du reste de la ville et nous nous sommes rendus sur la place de l’Aubarède. L’exercice avait été suspendu, la gendarmerie nationale avait été requise en armes...
Nous avons alors requis le commandant de la gendarmerie nationale d’intercepter la communication d’un quartier à l’autre... Nous nous sommes reportés vers l’attroupement ; la fureur y paraissait peu diminuée, mais l’attroupement avait encore augmenté et s’était encore avancé vers la ville. Dans ce moment s’y est répandu le bruit que la municipalité faisait charger les canons pour les tourner contre l’attroupement ; ce rapport a encore exalté les têtes et nous n’avons arrêté l’explosion qu’en nous chargeant d’aller vérifier le fait ; on nous a fait suivre par plusieurs personnes sans armes.
Arrivés sur la place de l’Aubarède, nous avons trouvé que la fermentation avait considérablement augmenté et que les citoyens y étaient en beaucoup plus grand nombre, mais que la quantité des gens armés était peu considérable, et de beaucoup inférieure à celle de l’attroupement ; nous nous sommes assurés que les canons n’étaient pas chargés et nous sommes remontés pour calmer les esprits en leur annonçant...
Nous avons profité de ce moment de tranquillité pour aller concerter de nouvelles mesures avec le Directoire du Département. Mais à peine avions nous commencé à faire notre rapport... que nous avons entendu crier «Aux armes !». Nous avons couru sur la place des Mazeaux(6) où l’attroupement s’était porté avec rapidité ; nous avons appris que le prétexte de ce mouvement était l’enlèvement d’un fusil et quelques insultes faites à un particulier qui allait se joindre aux citoyens attroupés...
Mais la place des Mazeaux n’est séparée de la place de l’Aubarède que par une trés courte distance. Les deux partis étaient en présence ; tous étaient furieux ; ils couraient les uns sur les autres. Alors, la gendarmerie nationale, par un mouvement aussi intrépide que sagement combiné a fait face des deux côtés  il n’y avait plus dans ce moment qu’un espace d’environ dix toises entre les deux partis, le procureur syndic a déployé le drapeau rouge et a fait à tous les sommations de se retirer prescrites par la loi ; mais loin de prononcer le mot terrible de «feu» après avoir exécuté la loi, autant qu’il était en lui, il a couru sur le parti de la place de l’Aubarède et secondant les efforts de la gendarmerie nationale et du procureur de la commune, il a baissé les fusils qui étaient armés en joue, il a arrêté les particuliers qui franchissaient la barrière que leur opposait la gendarmerie, tandis que nous, administrateurs faisions de même avec les membres du département et le maire les mêmes efforts sur les citoyens qui composaient l’attroupement.
Il est difficile d’exprimer les dangers de ce moment, de concevoir comment ils ont pu être parés et de donner assez d’éloge à la bravoure de la gendarmerie nationale dont une partie à pied a contenu tous les efforts des citoyens qui étaient sur la place et dont l’autre, à cheval, a fait reculer et enfin de rentrer dans leur quartier les citoyens attroupés, placée entre deux feux, elle a couru les plus grands dangers, elle a garanti la ville des horreurs d’un carnage presque inévitable.

(1) C’était le lundi de Pâques
(2) C’est à dire les membres du «club», de la Société populaire
(3) C’est ainsi que l’on appelle la place de l’Aubarède, depuis qu’on y a célébré la fête de la Fédération
(4) Le matin, des «patriotes» portant le bonnet rouge ont bousculé des fidèles qui avaient assisté à une messe célébrée par un prêtre réfractaire dans la chapelle du couvent de la Visitation
(5) Quelques jours plus tôt, des «patriotes» s’étant promenés avec un bonnet rouge, d’autres, avaient répliqués en se coiffant d’un bonnet blanc
(6) On l’appelait encore «Petite Place» ; l’endroit a beaucoup changé, avec la couverture de la Solane et la démolition du pâté de maisons qui la séparait de la place des Ouches (pl. Mgr Berteaud) ; elle est maintenant comprise dans l’avenue Charles de Gaulle.

La municipalité, les directoires du district et du département arrêtent «que les principaux particuliers qui étaient à la tête de l’armement du Trech seront désarmés» et que les «prêtres réfractaires et surtout ceux des autres départements réfugiés dans celui-ci et notamment dans la ville de Tulle» désignés par «la voix publique» «comme une des principales causes», «seront tenus de se retirer chacun dans leurs familles et notamment les étrangers qui sont dans le département, chacun dans celui qu’ils ont quitté».
Mais dans les campagnes voisines, le bruit s’était répandu qu’à Tulle, on assassine les patriotes ; et les gardes nationales rurales, accompagnées de nombreux paysans accouraient pour les secourir.
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