Alain Soirat généalogiste    
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Le Constitutionnel du 12 novembre
Tribunaux.
Cour d’assises de la Seine.
Audience du samedi 11 novembre.
Présidence de M. ETIGNARD de LAFAULOTTE.
Meurtre d’une jeune fruitière. – Crime commis rue de la Sourdière. – Affreuse vengeance d’un père.
On n’a pas oublié l’émotion que causa la nouvelle de l’infanticide accompli rue de la Sourdière, un dimanche soir du mois de septembre dernier. La conduite exemplaire et laborieuse de la victime, son dévouement filial, la pureté de ses mœurs justifiaient cette émotion. La jeune fruitière avait su mériter une telle sympathie que ses funérailles eurent lieu en présence d’une foule considérable d’habitants du quartier.
Nous ne saurions trop le faire remarquer, à l’honneur de l’humanité, des crimes de cette nature sont extrêmement rares.
JULLIÉ vient répondre devant le jury de son odieuse conduite. Aux questions d’usage que M. le président lui adresse, il déclare se nommer Jean-Pierre JULLIÉ, né à Haut, arrondissement de Millau (Aveyron), âgé de cinquante-trois ans, marchand des quatre saisons.
L’acte d’accusation dont il est donné lecture par le greffier, raconte ainsi les détails de cette scène dramatique.
JULLIÉ a épousé, le19 mars 1835, à Nîmes, où il était alors ouvrier boulanger, Anne GAUTIER, qu’il a fait souffrir de ses violences dès les premiers jours de leur mariage. Livré à la paresse et à l’ivrognerie, il n’apportait aucune ressource au ménage et dépensait le produit du travail de sa femme. Ils vinrent se fixer à Paris en 1843 ; la femme fut marchande des quatre-saisons et fit prospérer son commerce par le travail et l’économie, tandis que le mari, adonné au vice, exerça le même métier sans en tirer aucun profit.
Les propriétaires des maisons qu’ils ont habitées, tout en rendant justice aux habitudes laborieuses et à la conduite de la femme JULLIÉ, les congédiaient, ne pouvant plus tolérer le scandale occasionné chaque jour par les scènes de violences et d’injures que faisait le mari.
Témoin des mauvais traitements que sa mère avait à subir, effrayée des menaces que ne cessait de lui adresser l’accusé, la fille Aimée-Adélaïde cherchait à soustraire sa mère à cette vie douloureuse et à mettre à l’abri des exigences de son père le produit de leur travail commun. Elle loua en son nom deux boutiques, rue de la Sourdière, 31, et rue de la Corderie-Saint-Honoré, 1, où elle s’établit marchande de fruits et de légumes. Les voisins admiraient le courage et le dévouement de ces deux femmes. JULLIÉ ne pardonna pas à sa fille de défendre sa mère contre lui, et dès lors Adélaïde devint aussi l’objet de sa haine, de ses menaces et de ses emportements. L’une et l’autre devinrent les martyres de sa brutalité.
Les témoins racontent des scènes qui attestent une haine cruelle, insatiable, et qui s’exaltait de plus en plus. Les couteaux et les pistolets travailleront ! L’échafaud travaillera ! Avait-il dit à plusieurs reprises.
Vers la fin de 1864, JULLIÉ avait loué une chambre garnie qu’il occupa quelques temps ; mais, ne pouvant la payer, il revint chez sa fille qui, par dévouement autant que par effroi, consentit à la laisser coucher dans la boutique de la rue de la Sourdière, tandis qu’elle couchait avec sa mère et sa jeune sœur dans une chambre au cinquième étage, rue Saint-Honoré, 282.
JULLIÉ s’enivrait ; plus souvent il amenait ses compagnons de débauche pour boire le vin de sa fille ; il emportait les marchandises de la boutique et chaque observation qui lui était faite provoquait des injures plus grossières et des menaces plus terribles. Cette situation n’était plus tolérable ; la femme JULLIÉ obtint l’assistance judiciaire pour poursuivre sa séparation de corps. Une ordonnance rendue par le président du tribunal, le 26 juillet dernier, et signifiée à l’accusé le 4 août, autorisa la femme JULLIÉ à vivre séparée de son mari pendant le procès. JULLIÉ n’en tint pas compte et continua à venir coucher rue de la Sourdière. Le 1er septembre le commissaire de police du quartier le manda à son bureau et lui fit défense d’aller coucher dans cette maison. Il parut accueillir avec calme les ordres de ce magistrat ; mais, loin de s’y conformer, il revint le soir même chez sa fille en déclarant qu’il était chez lui et qu’il n’irait pas ailleurs. Adélaïde fut obligée de le recevoir ; elle l’avertit qu’elle ne voulait plus qu’il revint. Il essaya le lendemain dans la soirée de pénétrer dans la boutique, mais la porte était fermée.
Il s’éloigna et alla passer la nuit dans une maison mal famée. Il avait plusieurs fois passé dans la rue d’un pas rapide ; à sa vue Adélaïde et sa mère s’étaient réfugiées chez un voisin.
Le dimanche 3 septembre, à sept heures du matin, il rencontra sa fille à la halle et ne lui adressa pas la parole. Dans la journée il passa rue de la Sourdière et cracha plusieurs fois sur Adélaïde. A quatre heures il entra chez elle : « Je suis le maître ici, s’écrie-t-il, je vous le montrerai ; vous entendrez parler de moi tout à l’heure. »
On voulut le renvoyer, ses cris et ses menaces devinrent plus violents. Enfin, l’intervention d’un sergent de ville, attiré par le bruit, le décida à s’éloigner. Les voisins étaient effrayés ; Adélaïde et sa mère avaient des pressentiments funestes. JULLIÉ avait quitté la boutique pour aller acheter un couteau poignard chez un bimbelotier de la rue Rivoli. Il reparut à six heures du soir, entra dans la boutique où était sa femme et lui chercha querelle. Adélaïde et une fille DONIOL arrivèrent ; il levait le bras pour frapper sa femme, lorsque sa fille s’écria : « Ne frappez pas ma mère, vous avez les mains trop sales ! » Cette parole le fit hésiter ; il avait les yeux hagards, le visage enflammé par la fureur du meurtre.
Adélaïde sortit de la boutique, JULLIÉ la suivit, se jeta sur elle ; elle essaya de se défendre, mais il la saisit, leva le bras droit, et, d’un mouvement prompt comme la foudre, il lui plongea son couteau poignard dans la poitrine au-dessus du sein droit. Un flot de sang jaillit de la blessure. On s’empressa autour de la victime, tandis que Madeleine DONIOL essayait d’arrêter l’assassin. JULLIÉ voulait lui échapper, il la mordit violemment au doigt et luttait contre elle lorsqu’un garçon boucher le renversa d’un coup de poing et le livra à un sergent de ville. Il laissa tomber son arme qui fut ramassée toute couverte de sang. Adélaïde avait été conduite dans la boutique la plus voisine, elle dit d’une voix encore assez ferme : « Mon père m’a assassinée ! » On la fit asseoir sur un tabouret. Tout-à-coup elle se leva par un mouvement convulsif, cria : « Ma mère ! Ma mère ! » Puis s’affaissa sur elle-même et rendit le dernier soupir.
Le docteur PORTALIER accouru en toute hâte la trouva morte. Il a constaté que le couteau poignard avait coupé la deuxième côte, traversé le lobe supérieur du poumon droit, et atteint la veine cave supérieure. Cette affreuse blessure destinée à porter la mort l’avait causée au bout d’une minute.
Adélaïde JULLIÉ avait vingt-cinq ans, son dévouement, son zèle pour le travail, la pureté de ses mœurs lui méritaient et lui attiraient le respect de tous.
L’accusé n’a pas craint d’essayer d’atténuer l’horreur de son crime en disant pendant l’instruction qu’il ne l’avait pas prémédité. Mais ses propos menaçants l’avaient d’avance annoncé. Il en avait préparé l’exécution en achetant l’arme fatale dont il voulait faire usage. Enfin, lorsque le sergent de ville l’arrêta, il lui dit : « C’était un coup monté, prémédité depuis longtemps. » JULLIÉ avait donc conçu et préparé le projet d’assouvir sa haine en assassinant sa fille.
C’est à raison de ces faits que JULLIÉ est traduit devant le jury sous l’inculpation d’avoir, pendant le mois de septembre, commis volontairement et avec préméditation un homicide sur la personne d’Aimée Adélaïde JULLIÉ, sa fille.
Après la lecture de l’acte d’accusation, M. le président procède à l’interrogatoire de l’accusé.
JULLIÉ est d’une taille ordinaire. Ses cheveux noirs, coupés courts, ses moustaches noires taillées en brosse, ses favoris ras lui donnent une physionomie militaire. Sa mise est des plus simples ; il n’a sur sa chemise qu’une petite blouse bleue presqu’usée. Aussi l’accusé est-il atteint d’une extinction de voix produite par un rhume qui permet difficilement d’entendre les réponses de JUILLÉ.
M. le président. – L’accusation prétend que depuis trente ans que vous êtes marié, vous avez rendu votre femme très malheureuse.
L’accusé. – Au contraire, j’étais un travailleur.
D. Cependant, votre femme n’a cessé d’être la plus malheureuse des créatures. Vous habitez Paris depuis 1844. Qu’avez-vous fait ?
R. J’ai été garçon boulanger. J’ai été obligé de cesser mon état, parce que ma femme ne venait pas me réveiller le soir pour aller à mon travail. Alors nous nous sommes mis marchands des quatre saisons. Ma femme a fait de mauvaises affaires, et nous avons dû cesser encore de tenir une boutique de fruitier au marché Saint-Honoré.
D. Eh bien ! Votre femme a prétendu que c’est parce que vous vous conduisiez mal que les affaires n’allaient pas. C’est alors que votre femme a songé à placer sa fille Adélaïde, majeure, à la tête d’une autre boutique, afin que vous ne puissiez pas venir prendre l’argent de la communauté. Cette manière d’agir vous a irrité. Vous avez, à diverses reprises, manifesté votre colère à raison de cette détermination.
R. Jamais je n’ai battu ma femme ou mes enfants. Je ne suis pas un brutal comme on le prétend. Si j’avais eu une femme qui voulût m’écouter je ne serais pas sur ce banc. Je ne lui ai donné qu’un soufflet depuis trente années. Elle m’en a donné trois, elle, et moi je ne lui ai pas répondu.
D. Vous avez eu connaissance de l’ordonnance rendue par le président du tribunal autorisant votre femme à habiter seule en attendant la décision des magistrats sur une demande en séparation de corps formée par elle. Le commissaire de police vous a dit de ne plus aller chez votre femme. Est-ce que cela ne vous a pas mécontenté vivement ?
R. Non, Monsieur.
D. Vous avez eu douze enfants. Il ne vous restait qu’une petite fille de six ans et la malheureuse que vous avez tuée. Quoi qu’il en soit, le dimanche vous êtes venu chez votre fille. Et, s’il faut en croire un témoin, Adélaïde lui aurait dit : « Oh ! Nous allons avoir une bien mauvaise soirée. » Il paraît que vous aviez dit en partant : « Je reviendrai à six heures et j’en ferai une de scène que tu n’en auras jamais vu de pareille. »
R. Je n’ai pas dit cela.
L’accusé raconte ensuite qu’il est allé se promener au hasard, et qu’en passant rue de Rivoli il est entré dans un bazar afin d’y acheter une paire de chaussettes. Ses yeux s’étaient dirigés sur des couteaux, et il aurait songé à en acheter un, mais sans penser à mal. Il est rentré chez sa fille qui était absente. Une discussion s’engageait entre JULLIÉ et sa femme, lorsqu’Adélaïde entra avec une demoiselle Marguerite et voulut s’interposer. « Le malheur, ajoute l’accusé, a voulu que ma fille soit sortie avant moi en disant « Je vais te faire arrêter. » Je suis un grand criminel, j’ai commis un grand crime, c’est vrai, mais je ne l’ai pas fait exprès. C’est un coup de promptitude ! »
D. L’accusation pense que vous avez prémédité votre crime puisque vous aviez acheté un couteau alors que vous en aviez un. Vous aviez pris votre fille en haine parce qu’elle prenait journellement la défense de sa mère.
Les dépositions des témoins ont confirmé les détails rapportés par l’acte d’accusation. Une seule a vivement impressionné l’auditoire : c’est celle de la femme JULLIÉ. Celle-ci a déclaré qu’elle n’avait jamais été heureuse dans son ménage, parce que JULLIÉ avait la tête faible et se grisait souvent. L’accusé n’aimait pas davantage ses enfants ; ainsi elle attribue au caractère violent de son mari la mort récente d’un fils de 21 ans. Elle a fait le plus grand éloge d’Adélaïde, dont le bonheur consistait à travailler afin d’aider sa mère et de fonder un établissement pour sa jeune sœur. Elle avait toutes les qualités. Elle travaillait nuit et jour, soit à sa boutique, soit à raccommoder le linge de la famille. Elle aimait son père malgré les travers de celui-ci. Ainsi elle disait souvent qu’il fallait lui acheter une chose ou une autre. On était convenu de lui donner une femme de ménage, dans le cas où il consentirait à aller loger dans un petit cabinet. En un mot, Adélaïde était remplie de bonnes dispositions à l’égard de son père.
M. le président. – Quel sentiment éprouvait JULLIÉ à l’égard de sa fille ?
La femme JULLIÉ. – Mais il l’aimait ... Je ne pouvais même croire que ce fût lui le meurtrier ... J’aurais toujours dit que c’était un homme, dans la foule, qui avait commis ce crime ... Pourquoi faut-il que j’ai vu son bras levé et ma pauvre fille tomber ?
D. Dans l’instruction vous avez dit que l’accusé avait pris sa fille en haine ... Vous ajoutiez qu’il disait parfois à sa fille : l’échafaud travaillera.
Le témoin. – Oh ! Il y a longtemps de cela !
D. Vous avez demandé votre séparation, pourquoi ?
Le témoin. – Pour éviter les scènes continuelles qu’il venait faire. Il occasionnait des rassemblements chaque jour. Il avait menacé de nous faire partir encore de cette boutique et de nous ruiner. Il y avait douze ans que je voulais me séparer de lui.
D. Il a su que vous aviez demandé votre séparation ?
R. Oh ! Oui, car depuis lors on ne pouvait plus l’aborder ; il était comme un tigre.
D. Arrivons au moment du crime, le dimanche soir, il est venu pour la seconde fois dans votre boutique.
R. Oui, il s’est installé en disant : « Me voilà ! Si vous avez des droits vous les ferez valoir. » Je l’invitai à sortir, il ne bougea pas et m’injuria en me traitant de mauvaise femme.
Je lui fis remarquer que ce n’était pas beau de sa part de m’injurier ainsi ; tout à coup il paraît qu’il leva le bras comme pour me frapper ; ma vénérable fille qui venait d’arriver, en voyant son père prêt à me frapper, s’écria : « Ne battez pas ma mère, vous avez les mains trop sales ! » Ma fille est sortie aussitôt. Une minuté après, son père la rejoignait, je vis son bras levé puis retomber. J’aperçus du sang, mais je croyais seulement qu’il lui avait porté un coup de poing. Je m’élançai au secours de ma vénérable fille, mais j’arrivai trop tard, elle était morte. J’ai su que sa dernière parole avait été pour sa mère.
Ah ! Je remercie le ciel de ce que ce ne soit pas moi qu’il ait frappée à cause de ma pauvre petite fille, qui serait aujourd’hui orpheline ; car si j’avais été frappée, ma vénérable fille Adélaïde n’aurait pas survécu à son chagrin. Aujourd’hui il y aurait une orpheline sur la terre. Dieu en a décidé ainsi ... Je suivrai son exemple ... J’ai des obstacles à vaincre, j’en triompherai !
Oh ! Ma vénérable fille ! ...
A ce moment le témoin tombe à genoux, tient ses mains croisées levées vers le ciel et invoque l’être suprême. Tout à coup elle s’affaisse et perd connaissance.
La jeune JULLIÉ, qui paraît âgée de huit à neuf ans, s’élance vers sa mère, s’efforce de la relever et l’appelle : « Ma mère ! Ma mère ! Ma bonne mère, reviens à toi ... Je t’en prie ... Ne me laisse pas orpheline ! ... »
Un huissier fait aussitôt respirer du vinaigre au témoin qui, peu à peu, reprend ses sens : « Excusez-moi, Messieurs, mais au souvenir de ma vénérable fille, c’est plus fort que moi ! »
La mère et la petite fille se tiennent étroitement embrassées. Cette scène émouvante impressionne vivement l’auditoire.
En se retirant, la femme JULLIÉ sollicite la bienveillance du jury pour l’accusé. « Je vous le recommande, s’il vous plaît ! »
Le témoin suivant, la fille DONIOL, reproduit les faits qui se sont passés. Elle n’ajoute rien à ce qui se trouve consigné dans l’acte d’accusation.
D. Adélaïde aimait-elle son père ?
Le témoin. – Cette fille avait toutes les vertus ; elle aimait son père.
D. Et le père aimait-il sa fille ?
R. JULLIÉ lui disait plus souvent des sottises qu’il ne lui montrait d’affection.
D. Elle était dévouée à sa mère ?
R. Oh ! Elle l’adorait.
JULLIÉ. – Ce témoin est cause de tout ce qui est arrivé. Ma femme avait tort de le consulter en tout.
Le témoin. – Mais comment se fait-il que vous avez toujours dit que c’était votre fille qui avait mis la désunion chez vous ?
JULLIÉ. – Moi, je n’ai jamais accusé ma fille de cela. C’est vous qui avez troublé notre ménage.
Les autres témoins ont entièrement confirmé les circonstances qui ont aggravé et accompagné le meurtre d’Adélaïde JULLIÉ.
Nous croyons devoir reproduire la déposition de M. le docteur LORAIN, qui a été chargé de procéder à l’autopsie du corps de la victime. Il s’exprime ainsi :
« Cette jeune fille, âgée de 25 ans, était robuste et bien constituée. Ses mains, où le travail a marqué son empreinte, ses vêtements propres et grossiers, la vigueur de ses membres témoignent de son existence laborieuse.
L’autopsie a permis de constater qu’elle était vierge.
Il n’y a point sur son corps de trace de lutte. On ne voit qu’une seule plaie, large, béante, qui siège au-devant de la poitrine au-dessus de la mamelle droite et plonge profondément dans l’intérieur du thorax. Le couteau poignard qui a été saisi s’adapte à cette plaie. C’est une arme longue et forte, neuve et très coupante. Le meurtrier a frappé avec une telle force, qu’il a coupé en deux une côte et plongé le couteau jusqu’à la garde dans la poitrine. La plaie commence au niveau de la deuxième côte. Cet os est coupé et le plaie se continuant obliquement traverse le lobe supérieur du poumon droit et atteint la veine cave supérieure. Un flot de sang a dû jaillir de cette plaie et la mort a dû survenir au bout d’une minute.
Ce n’est pas là une blessure faite au hasard ou par maladresse dans une lutte. C’est un coup porté avec force en pleine poitrine avec une arme dangereuse.
On frappe ainsi quand on ne craint pas de tuer. »
La dame COPPIN a entendu JULLIÉ reprocher à Marguerite DONIOL d’être cause de la désunion existant dans le ménage de l’accusé.
Un sergent de ville déclare que JULLIÉ, au moment de son arrestation, lui dit : « C’était un coup prémédité ! Il fallait que tôt ou tard cela arrivât ! »
L’accusé n’a d’ailleurs opposé aucune résistance lors de son arrestation.
Plusieurs personnes citées racontent que des scènes fréquentes avaient lieu dans l’intérieur JUILLÉ par suite de la violence de caractère du mari.
En résumé, les dépositions n’apprennent rien de nouveau.
M. l’avocat général DUCREUX soutient l’accusation et n’admet pas que l’on puisse avoir de l’indulgence pour le meurtrier de la noble et vertueuse victime.
Me Albert MARTIN, invoquant la prière adressée par l’épouse, à la fin de sa déposition, ainsi que l’amitié de la victime pour son père, réclame une atténuation dans le verdict.
M. le président résume les débats, et à cinq heures et demie les jurés se retirent dans la salle de leurs délibérations.
A six heures l’audience est reprise.
Le jury a répondu affirmativement sur le fait principal de meurtre et sur la circonstance aggravante de préméditation ; mais il a tempéré son verdict par l’admission de circonstances atténuantes.
En conséquence, la cour a condamné JULLIÉ à la peine des travaux forcés à perpétuité.
Le condamné se retire assez promptement et semble très heureux de l’indulgence du jury.
L’audience est levée à six heures un quart.

L’enquête généalogique :
Adélaïde Pétronille JULLIÉ, célibataire, marchande fruitière, âgée de 25 ans, née à Nîmes (Gard), fille de Pierre Jean, marchand de quatre saisons, et d’Anne GANTIER, marchande fruitière, est décédée à Paris, chez sa mère, 31, rue de la Sourdière, le 3 septembre 1865.
Adélaïde Pétronille JULLIÉ, fille de Pierre Jean, boulanger, âgé de 27 ans, et d’Anne GANTIER, âgée de 23 ans, est née à Nîmes, 12 rue du Mûrier d’Espagne, le 16 octobre 1839.
Pierre Jean JULLIÉ, garçon boulanger, domicilié à Nîmes, né à Nant (Aveyron), le 10 juillet 1812, fils de Pierre, propriétaire cultivateur, et de Jeanne MARTIN, domiciliés à Nant, s’est marié à Nîmes, le 19 mars 1835, avec Anne GANTIER, domiciliée et née à Nîmes, le 4 mai 1815, fille d’Antoine, boulanger, et de Marie CHAPON.
Jean Pierre JULLIÉ, âgé de 67 ans environ, marchand des quatre saisons, né à Nant, fils de feu Pierre, et de Jeanne MARTIN, époux d’Anne GAUTHIER, est décédé aux Îles-du-Salut (Guyane), le 18 février 1879.
Pierre JULIÉ, boulanger, domicilié depuis six mois à Nant, né à Sérigas, commune de Meyrueis (Lozère), le 24 décembre 1776, fils de Barthelemy, décédé à Mende (Lozère), le 7 novembre 1801, à l’âge de 60 ans, et de Marie Anne CONSTANTIN, décédée à Sérigas, depuis environ 7 ans, selon l’enquête de M. le juge de paix de Meyrueis, s’est marié à Nant, le 26 octobre 1806, avec Jeanne MARTIN, domiciliée et née à Nant, le 5 avril 1777, fille de Pierre, travailleur, décédé à Nant, le 7 juin 1790, et de Jeanne ROQUEPLANNE.

Support : BNF Gallica, AD de l’Aveyron, AD de la Lozère, AM de Paris, ANOM, Brozer
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