Alain Soirat généalogiste    
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Le Siècle du 23 octobre
Cour d’assises de la Seine.
Présidence de M. SALMON.
Audiences des 20 et 21 octobre
Coups et blessures à un enfant par sa tante, ayant occasionné la mort sans l’intention de la donner.
Deux audiences ont été consacrées aux débats de cette affaire, dont les faits singuliers ont jeté plus d’une fois l’auditoire dans un profond étonnement.
L’accusée, Clarisse Aglaé VARNIÈRE, est âgée de vingt-huit ans ; elle est née dans un village près d’Yvetot. Voici les charges relevées contre elle par l’acte d’accusation :
« Clarisse VARNIÈRE vit en concubinage depuis près de quatre ans avec BINET, courtier en vins. Ils passaient pour mariés.
Après plusieurs fausses couches, la fille VARNIÈRE mit au monde, au mois de septembre 1964, un enfant qui ne vécut que quinze jours. Elle se montra profondément affligée de cette perte, et désespérant d’élever d’autres enfants elle se résolut, de concert avec BINET, à prendre avec elle Marie-Honorine BARBEY, fille de sa sœur, et alors âgée de trois ans et demi. Les parents de cette jeune fille, simples journaliers à Therouldeville (Seine-Inférieure), croyant que BINET et la fille VARNIÈRE étaient mariés, espérant ainsi assurer l’avenir de leur enfant, se prêtèrent à l’exécution de ce projet. Au mois de février 1865, l’accusé ramena sa nièce à Paris. Cette jeune enfant présentait alors toutes les apparences d’une bonne santé, et se faisait remarquer par la douceur de son caractère.
Loin de trouver auprès de sa tante les soins affectueux qu’elle en devait recevoir, Honorine ne tarda pas à devenir la victime des mauvais traitements les plus graves.
Bientôt sa santé s’altéra, son caractère devint triste et sombre, et l’on remarqua sur sa figure des traces de contusion que l’accusée essaya vainement d’expliquer par des chutes accidentelles.
Dans le courant d’avril, les ecchymoses étaient plus nombreuses encore.
La fille VARNIÈRE les attribuait à des chocs que l’enfant aurait reçus contre la balustrade d’une fenêtre par laquelle elle avait failli tomber.
Au mois de mai, un médecin était appelé et constatait sur la tête de l’enfant une bosse énorme qui ne disparut qu’après un traitement de plusieurs jours.
Suivant l’accusée, Honorine BARBEY s’était ainsi blessée en tombant d’une chaise.
Ces explications ne pouvaient tromper personne, car en même temps, la fille VARNIÈRE manifestait par ses paroles et par ses actes l’aversion inexplicable qu’elle ressentait pour sa nièce. Elle disait de cette enfant : « C’est un serpent que nous réchauffons dans notre sein. »
Elle la conduisait au bois de Vincennes, lui annonçant « qu’on allait la noyer dans le lac, » et lui mettait la tête dans l’eau ; puis elle la perdait dans les allées, et, cachée derrière les arbres, contemplait avec une joie barbare sa frayeur et son chagrin.
Aussi toutes les domestiques qui se succédaient dans la maison et tous les voisins ne pouvaient-ils conserver de doutes sur la conduite dénaturée de l’accusée.
BINET lui-même, dans une conversation rapportée par un témoins, disait à sa maîtresse : « Je te défends de maltraiter cette enfant. Si tu ne peux la souffrir, renvoie-la, mais ne la maltraite pas. »
Enfin le 22 mai dernier, en l’absence de BINET, la fille VARNIÈRE se livrait à un dernier acte de brutalité qui devait entraîner des conséquences suprêmes. Elle donna d’abord un soufflet à sa nièce. La domestique, Emilienne MOREAU, qui se trouvait dans la cuisine, entendit ensuite plusieurs coups sourds comme si on laissait tomber quelque chose de lourd sur le parquet, et Honorine qui disait : « Non, maman, non, maman. »
Quelques instants après, un coup terrible retentit dans la salle à manger, et, suivant l’expression du témoin, le buffet en trembla, et tout ce qui était dessus dansa. L’accusée s’écria que sa nièce s’était cognée contre ce buffet ; mais, quelques instants après, cette malheureuse enfant tomba sans connaissance.
Plusieurs médecins furent mandés. Leurs soins ne purent conjurer la gravité de la situation, et vers neuf heures du soir ; Honorine BARBEY expira sans avoir pu prononcer une parole.
L’autopsie pratiquée par les soins des docteurs TARDIEU et LORAIN, a permis de reconnaître que la mort était survenue brusquement et n’avait été précédée d’aucune maladie. L’enfant avait été cruellement maltraitée peu de temps avant sa mort ; son corps était couvert de contusions et d’ecchymoses depuis les pieds jusqu’à la tête : en portant à cinquante le nombre des traces de violences, les deux médecins croient rester au-dessous de la vérité. Le devant de la poitrine était le siège de quatre excoriations larges et saignantes. Enfin, dans l’intérieur de l’abdomen, un épanchement sanguin montrait qu’un coup très violent avait été porté sur le ventre. En présence de ces constatations, les experts ont affirmé que la mort était le résultat des coups dont ils avaient vu les traces si nombreuses.
La fille VARNIÈRE proteste inutilement de son innocence. Honorine BARBEY, confiée à ses soins, est constamment restée sous sa garde et n’a pas été remise par elle en des mains étrangères. »
Les témoins entendus à l’audience d’hier, parmi lesquels M. le docteur LORAIN, professeur agrégé à la faculté de médecine, chargé de l’autopsie du corps de la jeune BARBEY, ont confirmé sur tous le spoints les charges de l’accusation.
Dans son interrogatoire, l’accusée a persisté dans ses dénégations.
M. l’avocat général DUCREUX a soutenu l’accusation.
Me NOGENT SAINT-LAURENS a présenté la défense de l’accusée.
Le jury, après un quart d’heure de délibération, est rentré en séance avec un verdict négatif sur toutes les questions.
En conséquence, la fille VARNIÈRE a été acquittée.

L’enquête généalogique :
Gustave Léon VARNIÈRE, âgé de 9 jours, né à Paris, fils de Clarisse Aglaé VARNIÈRE, âgée de 27 ans, et de père non dénommé, est décédé 1, quai de Bercy, à Paris, au domicile de sa mère, le 21 octobre 1864.
Marie Honorine Apollonie BARBAY, née le 25 janvier 1862, à Thérouldeville (Seine-Maritime), fille d’Honoré Samson, tisserand, et d’Eléonore Léocadie VARNIÈRE, domiciliés à Thérouldeville, est décédée 1, quai de Bercy, à Paris, le 22 mai 1865. Jacques Etienne BINET, âgé de 45 ans, représentant de commerce, oncle de la défunte, domicilié 1, quai de Bercy, à Paris, déclare le décès.
Honoré Samson BARBAY, journalier, domicilié et né à Thérouldeville, le 2 février 1840, fils d’Aimable, décédé à Hérouldeville, le 2 février 1848, et de François Prudence Brigitte BOISARD, s’est marié à Thérouldeville, le 5 octobre 1861, avec Eléonore Léocadie VARNIÈRE, tisserande, domiciliée et née à Thérouldeville, le 4 mai 1842, fille de Jean Augustin, tisserand, et de Marie Rose Françoise LEMARCHAND, tisserande.

Support : BNF Gallica, AD de la Seine-Maritime, AM de Paris
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