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Le Temps du 17 octobre
Nous avons annoncé hier l’arrestation de l’assassin présumé de M. Thomas LAVERGNE. Il a été arrêté dans la nuit de vendredi à samedi, dans un petit hôtel garni de la Villette. Hier matin, quatre agents l’ont conduit à l’hôtel Buckingham, rue de la Madeleine, où il avait dîné avec M. LAVERGNE et le frère de ce dernier, et où il était venu le lendemain prendre sa victime pour l’entraîner à Argenteuil.
Toutes les personnes de l’hôtel l’ont parfaitement reconnu, surtout le domestique du malheureux M. LAVERGNE, qui s’est écrié en le voyant : « C’est lui, c’est Gabriel ! ... » En effet, cet individu s’était donné ce nom. Il affecte une grande assurance, il se dit l’objet d’une méprise, et dit souvent : « Voilà un singulier paletot qu’on m’a mis sur le dos. » Il proteste qu’il n’a pas commis le crime qu’on lui impute.
C’est un homme d’une trentaine d’années ; il a une cicatrice au dessous de l’œil droit, son oreille est mutilée. Il a les yeux vifs et ronds, son teint est basané.
On le suivait à la piste depuis plusieurs jours. On savait qu’il avait paru dans des établissements publics, où il faisait une grande dépense. Une somme considérable a été trouvée sur lui.
Le Journal des Débats a reçu de Versailles les détails suivants sur cette arrestation :
L’auteur du crime serait un nommé MAR..., c’est l’individu qui s’est trouvé avec la victime dans le même compartiment du chemin de fer, venant de Londres à Paris ; le même également qui était venu chercher M. LAVERGNE à son hôtel dans l’après-midi de jeudi. Il doit être âgé de vingt-sept à vingt-huit ans. Il a une tournure assez convenable, sans cependant être distinguée, comme on l’a dit précédemment.
Il y a environ quatre ans, pendant l’été, un vol considérable était exécuté à l’aide d’effraction, la nuit, au préjudice d’un bijoutier dont la boutique est établie dans un quartier des plus fréquentés.
L’un de ces malfaiteurs était précisément MAR... ; il fut découvert et arrêté. On le conduisit à la préfecture de police. Il se trouvait depuis plusieurs instants dans un des bureaux situé presque au second étage et donnant sur la rue Harlay-du-Palais, afin d’y être l’objet d’une confrontation, lorsque avisant une fenêtre ouverte et sans se soucier du danger qu’il allait courir, il l’escalada et vint tomber sur le pavé. MAR... avait trop préjugé de son adresse : il resta étendu sans mouvement, et on n’eût pas de peine à le reprendre, et la cour d’assises de la Seine le condamna à la peine des travaux forcés. L’autorité le fit transférer ensuite à Cayenne, pour y subir sa peine. Il n’y avait pas un mois qu’il était arrivé à la colonie, quand un jour on apprit son évasion. Le forçat fut arrêté et réintégré au pénitencier.
Quelques mois plus tard, le forçat s’évadait pour la seconde fois, et il avait si bien combiné ses précautions, calculé son plan, qu’il devint impossible de le reprendre. Il gagna alors les États-Unis, où il s’enrôla et prit une part active à la guerre.
Au bout d’un an, ses goûts militaires l’abandonnèrent. Certains actes d’indélicatesse paraissent d’ailleurs n’avoir pas peu contribué à l’obliger de quitter le sol américain. MAR..., en payant de sa personne dans divers combats, avait été blessé deux fois : un coup de sabre lui a presque fendu une partie du cou et de la tête. Deux balles vinrent se loger dans son corps.
De l’Amérique, le forçat vint se réfugier en Angleterre. Son unique pensée était de revenir en France, et surtout à Paris, où il avait laissé sa vieille mère. Il n’attendait qu’une occasion pour accomplir ce voyage sans danger pour sa liberté. C’est sur ces entrefaites qu’il fit la rencontre à Londres de M. Thomas LAVERGNE, qui se disposait à quitter cette ville, afin de se rendre à Paris, et de là à l’île Maurice.
En causant avec ce respectable septuagénaire, dont il connut la position officielle, le forçat comprit sans doute que cette compagnie lui serait une précieuse protection ; il partit par le même train.
M. Thomas LAVERGNE ne pouvait guère se défier d’un individu qui se montrait aussi poli que prévenant. Il paraît encore s’être laissé séduire par les récits dramatiques que MAR... lui faisait sur les événements relatifs à la guerre américaine.
M. LAVERGNE, on le sait, descendit à paris dans un des hôtels qui avoisinent la Madeleine. MAR..., au contraire, prétextant des affaires quelconques, choisit un hôtel situé dans une des rues de la rive gauche. Mais, chose plus incroyable et qui peint parfaitement l’audace de l’individu, c’est à quelques pas du Palais-de-Justice, surtout de la préfecture de police, que le forçat évadé osa venir loger. Il espérait que depuis trois ans on ne s’occuperait plus de lui, et qu’un changement complet dans ses allures le sauvegarderait.
MAR... oubliait que la police, en admettant pour un instant qu’elle ne se préoccupât point du forçat évadé, allait activement rechercher l’homme avec lequel Thomas LAVERGNE était sorti jeudi à trois heures, hélas ! pour ne plus reparaître. Et cependant il connaissait l’intelligence des agents de la sûreté, car on nous rapporte qu’à Paris, au moment de son arrestation, il demandait si c’était encore M. CLAUDE qui dirigeait ce service.
Dès vendredi matin, toutes les mesures étaient prises ; on suivait la piste de MAR..., lorsque le chef de la sûreté fut informé par ses agents qu’un individu, répondant au signalement donné, se livrait à des dépenses extraordinaires avec des filles du quartier Latin. L’ordre fut donné de procéder à l’arrestation de l’homme qui dépensait si largement : c’était le forçat évadé.
Il paraît fort insouciant, jusqu’ici du moins, de l’accusation capitale qui pèse sur lui. On nous assure que, ne pouvant nier être venu chercher la victime, il prétend que M. LAVERGNE lui avait demandé à l’accompagner chez la mère de MAR... Mais en arrivant place du Havre, ils auraient rencontré deux parents avec lesquels la victime serait partie ; lui MAR..., était revenu dans le centre de la capitale.
MAR... a été amené à Versailles, samedi, dans l’après-midi.

L’enquête généalogique :
Barthélemy PONCET dit Gabriel, cuisinier domestique, célibataire, né à Gennevilliers (Hauts-de-Seine), le 25 août 1837, fils de Jean Gabriel, et de Irma Florentine GENOUVILLE, est décédé le 8 février 1866, à Versailles (Yvelines).
Jean Gabriel PONCET, cordonnier, domicilié et né à Germigny-sous-Colombs (Seine-et-Marne), le 25 nivôse de l’an 9, fils de Jean, cultivateur, décédé à Germigny-sous-Colombs, le 25 janvier 1817, et de Marie Jeanne CACHEMET, domicilié à Germigny-sous-Colombs, s’est marié à Betz (Oise), le 30 octobre 1827, avec Marie Florentine GENOUVILLE, domiciliée et née à Betz, le 5 ventôse de l’an 13, fille d’Etienne, cultivateur, et de Marie Victoire SERVELY, domiciliés à Betz.

Support : BNF Gallica, AD des Yvelines, AD de l’Oise, Geneanet, Geoportail, Guillotine.voila.net