Alain Soirat généalogiste    
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Le Petit Journal du 15 septembre
Cour d’assises de l’Ardèche (Privas)
Présidence de M. BARAGNON
Affaire PEILLOD – Est-ce un fou ? – Est-ce un monstre ?
L’accusé François PEILLOD est bien jeune, il a vingt-trois ans à peine, et déjà il pousse le cynisme du crime jusqu’à la fanfaronnade.
Il hait le travail, et il le déclare ; il hait ses parents, et il s’en vante ; il a brutalement assassiné une femme qu’il ne connaissait pas, qui ne lui avait fait aucun mal, et il n’éprouve aucun remord.
C’est un fou, disent quelques médecins ; c’est un monstre, serions-nous tenté de dire, après avoir assisté à son jugement.
Il est né dans le département de l’Ain, et il est fils unique. Dès ses premières années, il annonce ce qu’un jour il devait être, un criminel accompli.
Ses parents l’envoient à l’école ; il ne veut ni étudier, ni se soumettre à la règle.
Il est mis plus tard en apprentissage ; il ne veut pas apprendre de métier, car ce n’est pas au travail qu’il veut demander les moyens de vivre ; le travail lui fait horreur.
Il quitte sa famille et se livre au vagabondage. On l’arrête plusieurs fois, plusieurs fois on l’emprisonne, mais on ne le corrige pas ; il a déclaré la guerre à la vie régulière et à la société.
Il subissait à Grenoble la peine de prison, quand sa mauvaise conduite le fit mettre au cachot. Le cachot ! ... mais il veut en sortir, il veut en sortir tout de suite. Il brise, il casse, il crie, il se livre à des scènes de fureur qui le font prendre pour un aliéné. C’est ce qu’il voulait : on le tire de prison pour le conduire à l’asile de Saint-Robert.
Le directeur de Saint-Robert trouve PEILLOD réellement fou et demande son transfert à l’asile de Saint-Georges, dont le directeur ne trouve en lui qu’un être pervers ; il est rendu à sa famille. Il la quitte, vagabonde encore, et se fait condamner de nouveau, par le tribunal de Vienne, à quinze jours de prison pour rupture de ban. A l’expiration de sa peine, il reçoit un passeport pour se rendre à Privas, qui lui est assigné comme sa résidence obligée.
Le 16 mai dernier, PEILLOD arrivait à Serrières et allait demander au maire de cette commune un secours de route pour se rendre à privas. Le maire lui fait observer que son passeport ne lui donne aucun droit au secours qu’il sollicite.
- Je me fiche de vous et de votre passeport, s’écrie PEILLOD en déchirant cette pièce, je vais dans une auberge me faire servir à souper, je ne paierai pas, et je me ferai ainsi ramasser par la police.
Il va, en effet, dans le petit cabaret tenu par la veuve DOREL, se fait servir du pain, du fromage, une bouteille de vin, et mange en réfléchissant, dit-il, sur la triste situation que la société et ses lois lui ont faite.
Pendant qu’il était à table entrent quatre hommes de Serrières qui demandent le café.
La femme DOREL passe dans une pièce contiguë qui lui servait à la fois de cuisine et de boulangerie, pour préparer le café qu’attendaient les quatre hommes.
PEILLOD se lève, entre dans la boulangerie comme pour payer sa consommation et disparaît. Au même instant, la veuve DOREL pousse un cri, un seul, et vient tomber morte sur le seuil de la porte qui sépare les deux pièces. Elle rendait le sang par la bouche ; on crut à la rupture d’un anévrisme, et on l’enterra, sans soupçonner le moins du monde qu’elle avait été assassinée.
Le même soir, entre dix et onze heures, PEILLOD était arrêté au Péage-de-Roussillon pour défaut de papiers et sous la prévention de vagabondage. Conduit devant M. le juge d’instruction et persuadé sans doute que son crime était connu, il en rapporte à ce magistrat toutes les circonstances, espérant ainsi se ménager le bénéfice d’un aveu spontané, peut-être aussi posant déjà la première pierre d’un système de défense qu’il devait édifier plus tard.
Quoi qu’il en soit, il fit connaître au juge d’instruction qu’il avait frappé d’un coup de couteau la veuve DOREL dans l’intention de la tuer raide et de s’emparer de l’argent contenu dans son comptoir. Le cri que poussa la victime, le mouvement qu’elle fit vers la porte l’empêchèrent d’accomplir son vol. Il s’esquiva, gagna le quai du Rhône, jeta au loin sa blouse ensanglanté, qui aurait pu le trahir, lava dans le fleuve ses mains tachées de sang, et passa sur la rive droite pour échapper plus facilement aux recherches de la justice.
Cet aveu étonna le magistrat qui crut d’abord au récit d’un crime imaginaire.
- N’auriez-vous pas été enfermé dans un asile d’aliénés ? demanda-t-il à PEILLOD.
Cette question fut pour le coupable un trait de lumière. Il se mit à s’accuser d’une foule d’assassinats, de vols, d’incendies. Vérification faite de tous ces crimes, celui commis à Serrières était le seul vrai.
On procéda à l’exhumation du cadavre de la veuve DOREL, on en fit l’autopsie, et on reconnut que, comme il l’avait raconté, PEILLOD l’avait frappée d’un coup de couteau au-dessus du sein gauche, et que ce coup avait occasionné la mort.
Depuis, l’accusé a beaucoup varié dans ses déclarations ; il a donné de son action plusieurs motifs, mais jamais il n’a montré le moindre repentir.
La cour condamne PEILLOD aux travaux forcés à perpétuité. (Droit.)

L’enquête généalogique :
François PEILLOD, fileur de soie, domicilié aux Îles-du-Salut (Guyane) , âgé d’environ 52 ans, né à Tenay (Ain), fils d’Antoine, et de Jeanne Marie GOUDIER, est décédé aux Îles-du-Salut, le 15 février 1894.
Antoine PEILLOD, cultivateur, âgé de 21 ans, domicilié et né à Tenay, fils de Jean Baptiste, et de Marie Joseph DAVID, s’est marié à Tenay, le 17 octobre 1836, avec Jeanne Marie GOUDIER, journalière, domiciliée à Tenay, âgée de 21 ans, née à Hostiaz (Ain), fille de Pierre, et de Marie LAPPIERRE.
Jean Baptiste PEILLOD, cultivateur, domicilié et né à Tenay, le 30 octobre 1778, fils de François, et DUMOLLARD, s’est marié à Tenay, le 26 avril 1807, avec Marie Joseph DAVID, né au Chanay, commune de Tenay, le 16 septembre 1787, fille de Jean, colon cultivateur au Chanay, et de Marie Joseph DUPOND.

Support : BNF Gallica, AD de l’Ain, ANOM, Geoportail
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