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cabaretParce qu’il y a encore beaucoup de choses à évoquer dans le « Livre des habitants des campagnes », par M. Louis HERVÉ, et M. l’abbé MULLOIS, premier chapelain de la maison de l’Empereur, édité en 1863. (A lire dans Gallica, bien entendu !), je présente une autre petite série consacrée aux mœurs paysannes du XIXème siècle vues par la lorgnette partisane d’une bienveillante religion d’époque.

L’abbé MULLOIS n’est nullement en manque de conseils, de critiques et d’exemples sur les différentes attitudes à adopter, se servant de multiples exemples, plus paraboles que vérités. Dans le chapitre « Économie – Cabarets », pour lequel les deux mots n’ont pas le même sens qu’à notre époque, notre vertueux religieux va s’employer à démontrer les vertus du bon emploi de l’argent et l’immoralité de ces endroits prompts à saouler l’honnête travailleur.

C'est à la campagne qu'on voit la passion de l'argent, on y adore la matière, la pièce de monnaie, on y adorerait le centime ; demandez un sou à tel homme, vous lui faites mal, il aimera même mieux vous donner un morceau de pain qui en vaut quatre, tant il tient aux espèces. Aussi il faut le voir ; il se prive, il travaille, il prive les siens. Il trouve toujours qu'on dépense trop ; il faut voir les économies qu'il réalise, il fera deux lieues pour aller chercher pour deux sous de clous, parce qu'il en aura à la ville une demi-douzaine de plus ; sa femme met du bois dans le feu d'un côté, il l'en retire de l'autre. L'avarice le rend cruel et lui fait même perdre toute pudeur. Les feuilles publiques citaient dernièrement ce trait :
« Un homme avare comme un vieux garçon qu'il était, perdit sa soeur qui lui laissait une belle succession ; mais ce n'était pas assez, l'enterrement de la défunte allait lui coûter de l'argent, et il voulait réaliser une économie. Or, il avait chez lui quelques vieilles planches pourries, il trouva que c'était bien assez bon pour lui faire une dernière demeure ; ce fut donc son cercueil ; mais voilà qu'au milieu du chemin le cercueil se brise, le malheureux cadavre roule dans la boue, et l'homme n'en est pas le moins du monde ému, il n'en voulait pas fournir un autre ; il a fallu que la police correctionnelle lui infligeât de la prison, et, chose plus redoutable pour lui, une amende, afin de le rappeler à la décence, à un sentiment d'humanité. »

Un cultivateur allait un jour à travers la campagne avec son petit garçon, qui s'appelait Thomas.
« Tiens, dit le père, en traversant un de ses champs, voici par terre le fer d'un cheval ; ramasse-le.
- Oh ! répondit Thomas, ce n'est pas la peine de se baisser pour cela. »
Le père prit sans rien dire le fer, et le mit dans sa poche. Au premier village qu'il rencontra, il vendit le fer à un maréchal pour quelques sous, et acheta avec l'argent des cerises.
Notre homme continua sa route avec son fils. Le soleil était très-chaud ; il n'y avait à deux lieues à la ronde ni maison, ni arbre, ni fontaine. Thomas se mourait de soif et ne pouvait suivre son père.
Alors celui-ci laissa tomber une cerise comme par mégarde. Thomas la ramassa comme si c'était de l'or, et la porta sur-le-champ à sa bouche. Quelques pas après, le père laissa tomber encore une cerise. Thomas se baissa encore avec le même empressement ; et petit à petit le père laissa tomber toutes les cerises.
Lorsque la provision fut épuisée, et que Thomas eut mangé la dernière cerise, son père se retourna en riant et lui dit : « Vois-tu, Thomas, si tu t'étais baissé une fois pour ramasser le fer, tu n'aurais pas été obligé de te baisser cent fois pour ramasser les cerises. »

Il y a deux choses surtout qui appauvrissent nos campagnes, qui mettent les corps dans la gêne et jettent les âmes sur le chemin du vice : le luxe et le cabaret ; voilà une affreuse source de ruine. Autrefois la simplicité dans la toilette régnait au village, on portait la veste et la jupe de son père et de sa mère, même de son aïeul. Aujourd'hui nous sommes bien loin de là ; un des grands désirs de l'habitant des campagnes, c'est de se déguiser en bourgeois et en bourgeoises autant que possible, et comme à la ville la mode change, il faut changer aussi à la campagne ; de là des dépenses inutiles, folles ; de là des dettes chez les fournisseurs, des emprunts, la gêne, si ce n'est la ruine.
Mais que dire du cabaret ? Voilà la plaie, la peste, le choléra de nos campagnes ; que voulez-vous faire d'un homme qui fréquente le cabaret ? Il n'a pas toute sa raison la moitié du temps ; l'autre moitié, il est tyrannisé par la passion de boire qui l'entraîne sans cesse vers ces lieux de perdition. La chose est si grave que la jeune fille qui va se marier devrait se dire : le jeune homme va-t-il quelquefois au cabaret, est-il à craindre qu'il n'y aille plus tard ? Oui ! Eh bien, jamais il ne sera mon mari ; pour mon mari je veux un être libre et qui s'appartienne ; je veux un être bon qui m'aide à nourrir et à instruire mes enfants ; celui-ci ne sera jamais tout cela, il me rendra malheureuse et je ne devrai m'en prendre qu'à moi-même.

Illustration from Gallica - Scène de Cabaret / Mallet
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