Alain Soirat généalogiste    
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sorciers correze maladiesToujours en compagnie de Gaston Vuillier dans son périple en Corrèze à la recherche des magiciens et des sorciers.
Après avoir assisté à une impressionnante scène de guérison sur une enclume de forge, ses pas le dirigent dans Gimel, à la rencontre des habitants, à propos de la maladie et de ses divers traitements, pour les hommes comme pour les animaux.

Un Gimellois me disait un jour : «Un de mes parents avait pris des fièvres très mauvaises, on l'entendait trembler le soir depuis le chemin, en passant devant sa maison. Mon père appela Marcelou Tièse, du village du Breuil, mort il ya dix ans, qui avait la réputation d'enlever les fièvres «par secret», et il lui dit: «Guéris-le, il est vieux, pauvre et dans l'impossibilité de gagner sa vie». Marcelou composa un brivé qu'il lui mit dans le creux de l'estomac et la fièvre eut tôt disparu. Qu'y avait-il dans ce brivé qui le brûlait comme un fer rouge ? Je ne l'ai jamais su, car nous n'ouvrons jamais le brivé, on le rend au metze ou on le met au feu sans le regarder se consumer. Il serait dangereux de faire autrement.»
Le brivé c'est le talisman, l'amulette, Tous les peuples, depuis les origines, y ont eu foi. Ce sont le plus souvent, aujourd'hui, des invocations sacrées mêlées d'appels diaboliques, des mots bizarres, incompréhensibles, des fragments de quelque vieux grimoire. Ailleurs il renferme simplement des phrases saintes, données sans doute par un prêtre.
Tel est le brivé suivant qui combat l'helminthiase ; je le tiens du docteur Graille, de Corrèze:
Sanctus + homo Job + libera a verminibus (ici on met le nom de l'enfant) in nomine Patris + et Filii + et Spiritus sancti + amen +
Ce billet, soigneusement plié, est attaché au cou du petit malade. Lorsqu'il est guéri il faut bien se garder de l'ouvrir, sans quoi les vers reviendraient.
En présence de ces thérapeutiques bizarres toujours entourées de mystère et dont il est difficile pour nous de contrôler les effets ultérieurs, on est tenu, en faisant toutes réserves, de s'en rapporter aux dires des malades et des magiciens.
En Corrèze, la foi est grande. J'ai pu constater que des gens au-dessus du commun qui, par hasard, ont émis des doutes ou qui ont nié ces faits lorsque je les interrogeais, n'obéissaient qu'à un sentiment de respect humain et au désir de cacher ces pratiques, de peur de les voir tourner en dérision. Souvent, au début d'une conversation, on a devant moi haussé les épaules, et, peu à peu, me voyant vivement intéressé à ces choses, et peut-être me prenant pour un adepte, on s'est abandonné.
D'autres, mais bien rares, avaient le courage de leurs opinions. Le regretté docteur Valette, de Tulle, esprit très ouvert et très sceptique, m'avait répété maintes fois: « On dira tout ce que l'on voudra, ces gens-là guérissent alors que, traitant le même cas, souvent nous échouons». Si je n'étais tenu à la plus grande discrétion, je citerais le témoignage de plusieurs médecins et de plusieurs prêtres qui m'ont affirmé avoir vu se produire, par l'intervention des metzes, des cures inespérées.
Pour ma part je ne me suis point trouvé encore en présence de faits qui aient pu complètement me convaincre. Je rappellerai toutefois qu'on traite aujourd'hui certains malades en les soumettant aux trépidations de wagons ou aux heurts d'un fiacre sur les pavés. Ce procédé n'offre pas la mise en scène farouche du metze corrézien « forgeant la rate» et secouant son malade par les vibrations de l'enclume frappée avec violence, mais il est tout aussi bizarre en apparence.
Les Chinois, il y a deux mille ans, utilisaient déjà en médecine les vibrations nerveuses. Remarquons-le, nous avons rencontré des Mongols dans la Corrèze. Leurs ancêtres ne furent-ils pas les initiateurs des forgerons limousins ? Qui sait ! De nos jours on emploie un peu partout le « tapotage» et surtout la vibration avec les doigts. Ce mode a été en grande faveur en Suède au commencement de ce siècle. Mais la méthode a progressé depuis, on a imaginé des appareils produisant mécaniquement une trépidation locale qui retentit sur l'organisme. M. le docteur Soquet, de Nantes, obtient des améliorations rapides et durables, et quelquefois la guérison, par l'influence vibratoire.
On pourrait se demander, en rapprochant le procédé des metzes limousins de ce qui précède, si, en dehors de la vibration produite par le marteau, le contact du fer de l'enclume n'apporte pas lui-même un élément inconnu dans le traitement et, allant plus loin encore, si le fer en vibration n'acquiert pas des vertus médicales. Il resterait à examiner, enfin, si l'ébranlement nerveux produit par la frayeur n'est pas suffisant pour couper les accès de fièvre. J'ai entendu citer, en Algérie, des cas de guérison survenus à la suite de l'émotion causée par un accident. Je me borne à appeler l'attention sur ces différents points, car ces
considérations développées seraient étrangères à notre compétence.
Nous trouvons-nous en présence d'une thérapeutique rationnelle en dépit de sa bizarrerie et de son apparence empirique? Il le semblerait. Quoi qu'il en soit, cette thérapeutique se distingue vivement des superstitions ou des pratiques incohérentes qui persistent un peu partout.
Les médications superstitieuses sont innombrables en Limousin, elles pourraient faire à elles seules l'objet d'une étude spéciale. J'en signalerai quelques-unes seulement. Pour traiter les enfants atteints du carreau, par exemple, on tord en corde, tout en le recourbant en forme de cercle, un lien fait de branches d'églantier dont on a préalablement enlevé les épines.
Durant neuf jours et neuf fois par jour le malade doit passer dans ce cerceau! ...
Un autre moyen consiste à faire frotter le ventre du petit malade par un enfant posthume !
Cependant, de loin en loin, on constate certaines pratiques très logiques malgré leur étrangeté. La nuit, par exemple, après un décès, on peut voir par la montagne un feu allumé en dehors des habitations : c'est la paillasse d'un mort livrée aux flammes. Cette coutume naïve semble révéler une connaissance intuitive des moyens d'échapper à la contagion.
Il est à remarquer que pour tout ce qui touche au traitement des maladies on emploie le nombre 3 et ses multiples. Le nombre 3 signifie Dieu dans toutes les religions. En occultisme il symbolise l'âme, l'esprit et le corps, c'est le nombre parfait.
Quant aux divers traitements des malades et des animaux, sur lesquels nous aurons à nous étendre par la suite, ils sont aussi singuliers que variés. Maintes fois j'ai vu des vaches chargées de colliers de feuilles de pervenche dans le but de les guérir des maux d'yeux dont elles étaient atteintes.
Au moyen âge les esprits étaient en proie à de tout aussi étranges aberrations. Le Sanctus était une panacée. L'un, pour guérir sa colique ou un mal d'estomac, ramassait par terre du buis bénit pendant le Sanctus ; l'autre, pour se préserver de la morsure des chiens enragés, tenait la bouche ouverte, tant que durait cette prière, à la messe des morts. Le Sanctus porté sur soi dans un sachet rendait la pêche favorable et faisait même retrouver les objets perdus.
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