Alain Soirat généalogiste    
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tisserandL'imagerie populaire, toute issue d'une interprétation plus naïve ou volontairement déformée et amplifiée par la transmission orale, donne son implacable version à bien plus que celui qui veut l'entendre : les faits sont, et doivent être, tels qu'on se les transmet. Celui qui pratique tel métier est qualifié de telle manière, agit comme cela et se comporte ainsi.
Mon imagerie à moi faisait du tisserand un grand métier, dans de beaux ateliers, avec des clients à la recherche de beaux tissus ... Je n'avais pas lu les bons ouvrages !
Leur véritable place, sombre artisan travaillant dans de sombres endroits, me parut alors bien difficile et je fus somme toute rassuré quand je vis également que tout n'est pas blanc ou noir et que la confrérie des pousseurs de navette n'était pas uniquement constituée de ces travailleurs précaires.
Dix tisserands sont recensés parmi les ancêtres de la famille.
Leur description et les légendes y concourant sont bien parmi les plus étranges.

Les tisserands étaient chargés de transformer le fil qu'on leur apportait en tissu de toile. Or, comme le contrôle de l'utilisation de ce fil était pratiquement impossible, on les accusait de ne pas l'employait complètement et de s'en approprier une partie. De là des dictons tels que "Cent meunier, cent tisserands et cent tailleurs sont trois cents voleurs" (Vaucluse) ou encore "Mettez un meunier, un tailleur et un tisserand dans un sac, tirez en un : ce sera sûrement un voleur" (Écosse), à Saint-Brieux, on disait "Tisserand voleur, garde la moitié de sa toile".
On assure dans le Midi qu'ils ne sont qu'une moitié d'homme "Seis pas un om, seis un teisseran", et que, tels les chasseurs et les pêcheurs, ils ne gagnent guère leur vie. A l'image des tisserands bretons qui vivaient d'une grande exportation de leur production et, à cause du machinisme, de politiques industrielles et d'investissements redéfinis, la pauvreté de ces derniers et leurs difficultés quotidiennes finirent par avoir raison d'eux.

La tradition populaire ne déborde pas d'imagination pour se moquer des autres. Une chanson, que nous avions déjà vu pour les cordonniers (voir cet article), est reprise pour les tisserands :
Les tessiers sont pires que des évêques
Car du lundi, ils en font une fête,
Branlons la navette,
O gai, lon la
Branlons la navette
Le beau temps qui reviendra.

Car du lundi, ils en font une fête
Et le mardi, ils vont voir les fillettes,

Et le mardi, ils vont voir les fillettes,
Le mercredi ils graissent des galettes,

Le mercredi ils graissent des galettes,
Le jeheudi iz ont mal à la tête,

Le jeheudi iz ont mal à la tête,
Le vendredi, ils branlent la navette,

Le vendredi, ils branlent la navette,
Le samedi la toile n'est point faite

Allés à Loudia, compagnon que vous êtes,
Allez-y vous qui êtes le maître.

En Flandre occidentale, quand le tissage d'une pièce est terminé, on demande à un enfant de tenir une assiette sous le fil de pennes, et le tisserand, pendant qu'il la coupe, laisse tomber quelques pièces.
En Norvège, quand on ôte le tissu, personne ne doit entrer dans la chambre, ni en sortir, sous peine d'attaque d'apoplexie.

Les compagnons tisserands ne datent que de 1778 : un menuisier, traître à sa société, leur vendit à cette époque le secret du Devoir.

Légendes et curiosités des métiers - Paul Sébillot
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