Alain Soirat généalogiste    
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gen coup press illus 0023Il y a cent cinquante ans jour pour jour, le 19 novembre 1864, le Petit Journal conte une évasion, digne d'un de ces grands films d'aventure hollywoodiens, depuis Cayenne :

"Il y a deux ans, cinq condamnés s’échappèrent de Cayenne dans une barque. Ils errèrent deux jours en mer sans vivres et sans eau fraîche, jusqu’à ce qu’ils eussent atteint l’embouchure du Surinam. Ils y ranimèrent leurs forces avec du bouillon de poisson et des poissons cuits que leur vendirent des pêcheurs d’un petit port. Un des fugitifs y resta. Les quatre autres reprirent la mer, côtoyant la Guyane et n’ayant, pour soutenir leur vie, que les fruits du pays, les noix de coco et les amandes, qu’heureusement pour eux la terre leur fournissait assez abondamment.
Six jours se passèrent de la sorte. Au bout de ce temps, ils étaient exténués de fatigue, et les fruits leur manquaient absolument. La rencontre d’une tribu nègre les sauva. Malgré la difficulté de s’entendre, ils parvinrent à faire comprendre par signes leur situation, et obtinrent de ces nègres de menues provisions, du tafia, quelques fruits et deux pains, qu’ils prirent avec eux dans leur pirogue ; mais cette abondance relative ne fut pas de longue durée. Un coup de vent renversa le frêle esquif ; il y eut des avaries d’une réparation difficile, et ce qui est pis, le pain et les fruits furent emportés par l’eau. Les nègres s’étaient éloignés ; il fallut donc recommencer la recherche des vivres. Ils touchèrent terre le soir.
L’un d’eux, HALLOTIEZ, condamné aux travaux forcés à perpétuité pour crime de parricide, se dirigea vers une habitation où par un heureux hasard, se trouvait un homme qui parlait français.
HALLOTIEZ se donna pour un condamné politique ; c’était le meilleur passeport qu’il pût imaginer. Il obtint quelques vivres frais, et en fit le partage avec ses camarades ; puis ils reprirent la mer et atteignirent la Guyane anglaise. Ils passèrent une nuit roulés dans le sable et recouvert de leur voile pour se tenir à l’abri des moustiques. Le jour venu, ils pénétrèrent dans l’intérieur. La police anglaise leur procura quelques secours.
Ils purent se fixer dans le pays ; mais HALLOTIEZ, qui a l’esprit aventureux, repartit bientôt ; il passa à la Barbade, Saint-Thomas, Porto-Rico et à New-York. Là, ne pouvant résister au désir de revoir son pays et sa famille, il s’embarqua pour le Havre, où il arriva le 23 octobre 1863.
Le Moniteur de l’Oise nous donne aujourd’hui la suite de cette odyssée du forçat voyageur.
Au Havre, HALLOTIEZ se rendit à Paris : de là, il vint dans notre département, et revit sa famille qui lui donna le conseil de s’éloigner.
Ce n’est que le 21 avril 1864 que la justice apprit que HALLOTIEZ résidait chez un sieur Narcisse MEMBRAY, tonnelier et épicier à Sannois (Seine-et-Oise). HALLOTIEZ travaillait alors toute la journée dans les bois. Il avait de longs cheveux passés derrière les oreilles et des moustaches noires ; il n’était connu que sous le nom de Louis. Il était porteur d’un certificat délivré, le 20 décembre 1863, au nommé CRONNIER (Louis-Ferdinand), maçon, domicilié à Berneuil ; ce certificat était passé dans ses mains on ne sait comment. HALLOTIEZ fut sur le point d’être pris à Sannois. Quand les gendarmes se présentèrent pour l’arrêter, il venait de s’enfuir, et l’on ignorait ce qu’il était devenu.
Le 24 octobre suivant, un sieur LAVIGNE, aubergiste à Mantes (Seine-et-Oise), adressait à M. le maire de Valdampierre une lettre où il lui demandait des renseignements sur la moralité de la famille et sur la conduite du nommé Louis-Théodore RENDU, de Valdampierre, qui habitait Mantes depuis six mois et qui désirait y contracter mariage.
Comme RENDU résidait à Valdampierre, le maire conçut des soupçons et en fit part à la gendarmerie. Voici ce qu’on ne tarda pas à apprendre :
Au moment de l’évasion d’HALLOTIEZ, un certificat avait été délivré au sieur RENDU, qui le lui avait remis, et c’était HALLOTIEZ même qui faisait prendre des renseignements sur la famille comme si c’était la sienne. A Mantes, HALLOTIEZ avait fait connaissance de la nièce du sieur LAVIGNE, et il se promettait de l’épouser (il est cependant marié) ; hier encore sa femme est venu le visiter à la prison. Il put encore une fois échapper à la vigilance de la gendarmerie. Désirant, dit-il, embrasser une dernière fois sa vieille mère, il revint dans son pays natal, et il fut arrêté.
HALLOTIEZ doit être reconduit après-demain à Toulon, d’où il sera transporté de nouveau à la Guyane."

L’enquête généalogique :
Louis Jules Alphonse HALOTIEZ, tonnelier, âgé de 46 ans environ, domicilié aux Îles-du-Salut (Guyane), né à Berneuil-sur-Bray (Oise), fils de Pierre André, et de Victoire Antoinette RANDU, époux de Thérèse DUBUS, est décédé le 22 mai 1867, à l’hôpital des Îles-du-Salut.
Louis Jules Alphonse HALOTIEZ, fils de Pierre André, tonnelier, âgé de 32 ans environ, domicilié à Berneuil-sur-Bray, et de Victoire Antoinette RANDU, est né à Berneuil-sur-Bray, le 25 août 1821.
Louis Jules Alphonse HALOTIEZ, tonnelier, âgé de 25 ans, domicilié à Auteuil (Oise), fils de Pierre André, âgé de 57 ans, et de Victoire Antoinette RANDU, âgée de 56 ans, domiciliés à Auteuil, s’est marié à Auneuil (Oise), le 5 janvier 1847, avec Marie Thérèse DUBUS, domicilié à la Neuville-sur-Auneuil, commune d’Auneuil, où elle est née, le 4 février 1828, fille de Marie-Thérèse, ménagère, épouse de Célérin BRILLY, tonnelier, âgé de 56 ans, domiciliés à la Neuville-sur-Auneuil.
Pierre André HALLOTIER, domicilié à Valdampierre (Oise), où il est né le 22 avril 1787, fils de Jean François, âgé de 60 ans, garde de bois, et de Marie Catherine Josephe BOULANGER, domiciliés aux Marettes, commune de Valdampierre, s’est marié à Berneuil-en-Bray, le 1er décembre 1809, avec Antoinette Victoire RANDU, domiciliée et née à Berneuil-en-Bray, le 17 février 1791, fille d’Antoine, âgé de 49 ans, et de Marie Victoire CHARPENTIER, domiciliés à Berneuil-en-Bray.

Support : BNF Gallica, AD de l’Oise, ANOM, Géoportail, Geneanet

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