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peste-1720C'est en lisant un acte, libellé de façon plus particulière que les autres, que je me suis intéressé à la dernière grande peste qui a ravagé le Sud de la France. Cet article est paru pour la première fois dans le journal du CGBR en juin 2008.

Le 25 mai 1720 le «Grand Saint Antoine», un bateau chargé d’étoffes précieuses en provenance de Syrie, accostait à Marseille. Ayant dû faire escale précédemment pour raisons médicales, le bateau portait les soupçons de la peste.
Mais pour ne pas perdre le bénéfice de la cargaison, qui devait être vendu à la foire de Beaucaire, en une longue quarantaine, les échevins, intéressés par cette vente, la firent débarquer.
Ces dernières ainsi que les nombreuses marchandises de contrebande réussirent à passer les différentes enceintes. Il est vraisemblable que les nombreuses puces présentes dans les étoffes étaient porteuses de la peste.
La réaction fut longue, hasardeuse et parfois négligée, Marseille paya d’environ 40000 victimes ces hésitations. On comptera 50000 victimes en Provence et 50000 autres en Gévaudan.
memoire posterite cure serignan
L’histoire que l’acte ci-dessus nous révèle est particulièrement éloquente et explicite de cette période.
Pour nombre d’individus la peste n’était pas une maladie uniquement mais un fléau que Dieu envoyait pour éprouver ses disciples. On comprendra ainsi plus aisément cet aveuglement et les folies perpétrées par tous à tous les échelons quand ceux qui raisonnaient plus pragmatiquement réussirent sinon à enrayer le phénomène du moins à empêcher sa propagation ou son introduction comme nous le verrons plus loin.
Avignon, d’où provenait Gabriel COLLET et Cécile LÉONARDE, savait que la peste était dans Marseille, savait aussi que nombre de marchands cherchaient à réjoindre la grande foire de Beaucaire et que les échanges continuaient à se faire. Le Comtat chercha bien à se protéger, mal, et fit écho de nombreux marseillais qui entraient dans Avignon en escaladant les murailles la nuit. Le premier consul ne souhaita même pas envoyer sa garde italienne sur les remparts, prétextant qu’elle était fatiguée et cru bon de dire que ce n’étaient pas aux bourgeois de le faire.
Avignon ne se préoccupait plus de sa sécurité et ne voyait pas à ce moment là la gravité du problème.La conséquence de ce laisser aller fut que de nombreux étrangers purent entrer en ville et y porter les germes de l’infection.
On cherchera des coupables que l’on trouvera auprès de déserteurs du régiment de Berry, d’émigrés de Marseille, d’un jeune garçon qui s’introduisit par les égoûts ; ils seront condamnés à l’estrapade mais le vice-légat les graciera. Les Juifs, alors nombreux, paieront pour les coupables et seront expulsés ou mis en quarantaine.
Devant toutes ses difficultés et les nombreux avis venus de toutes les villes provençales, il fut enfin convenu de renforcer les patrouilles, de lever des compagnies de soldats  qui se retrouvèrent plus de 800. C’est à ce moment là que se créa le fameux mur de la peste destiné à empêcher et à réguler les déplacements en Provence.
C’est sans doute ce déplacement qui coûtera la vie à  Gabriel et Cécile.
On ne saura jamais exactement pourquoi ce couple s’enfuit d’Avignon mais on peut, vu un grand nombre de documents d’époque, raisonnablement émettre quelques hypothèses.
Ainsi le couple cherchait du travail dans la région et quelques ouvrages se présentèrent rapidement au moment de la propagation de la peste. Gabriel se proposa pour être corbeau, c’est à dire celui qui ramassait les cadavres, pour les faire disparaître d’un moyen ou d’un autre, pour les conduire dans les infirmeries. C’est dans une infirmerie que travaillait Cécile, elle était lavandière, lavant toute la journée tous les tissus servant à panser, soigner les pestiférés.
On comprendra alors, à la lecture de récits décrivant les infirmeries d’Avignon, que l’ambiance particulièrement malsaine qui y régnait, dans des conditions sanitaires déplorables put pousser Gabriel et Cécile à s’enfuir pour essayer, vraisemblablement de rejoindre une partie de la famille dans des lieux non encore contaminés.
Il faut dire qu’Avignon eut bien du mal à admettre la réalité du fléau, ou tout du moins les médecins, légats et prêtres taisaient la vérité. «Nos médecins se sont enfermés et ne voient aucun malade» écrit l’auteur anonyme du Journal de la Peste. Comble de l’ignorance, lorsque le docteur NORMANDEAU fut à son tour frappé par la maladie, aucun confrère ne voulut entrer chez lui et on lui conseilla pour tout remède de boire le sang d’un chat et quand il mourut le 22 juin 1721 il était abandonné depuis plusieurs heures.
Les infirmeries d’Avignon n’étaient pas mieux loties. Saint Roch manquait cruellement de tout : linges, couvertures, remèdes. Les malades refusaient même d’être conduits dans ces charniers et préféraient mourir chez eux.
Les personnels oeuvrant dans ces infirmeries furent d’une telle légèreté, le manque de soins si grands et le scandale tel que les hôpitaux devinrent de véritables maisons publiques, si bien que les femmes galantes d’Avignon se faisaient enrôler comme infirmières afin de se livrer plus aisément à la prostitution.
Journal de la peste : «Trois femmes de celles qui étaient en quarantaine à l’hôpital des Pélerins, voulant aller à Saint Roch pour y vivre en libertinage, feignirent d’être malades et se frottèrent d’ail pour simuler les symptômes de la peste. La fraude ayant été reconnue, on leur donna le fouet».
mur de la peste
Gabriel et Cécile moururent en octobre 1721 et ce n’est qu’en décembre 1721 qu’on vit un semblant de «Règlement aux recteurs spirituels des infirmeries dans la direction qui leur est confiée en ce qui concerne les devoirs de la religion et des bonnes moeurs».
Il nous paraît donc évident de dire que nos deux tourtereaux cherchaient réellement à fuir ce monde aussi glauque que difficle à vivre.
Toutefois, dans cet univers où la science était parfois rejetée au profit de superstitions religieuses, ceux qui surent rester vigilants et à l’écoute des sociétés savantes évitèrent aux populations le pire. Ainsi Nîmes, tout comme d’ailleurs sa voisine Beaucaire, directement menacées par le voisinage de la Provence surent prendre ces précautions.
Les consuls de Nîmes, DEVIC et VAISSETTE, demandèrent des instructions spéciales, huit barrières furent mises en place aux principales avenues, un mémoire sur le traitement de la maladie fut rédigé, imprimé et distribué dans tout le terroir, le conseil de la ville créa un bureau de santé spécial, s’approvisionna en bois et charbon, rehaussa les murailles de la ville, des crédits furent votés pour acheter les différents remèdes, poudres et onguents pharmaceutiques. Les consuls interdisent la foire de Beaucaire et lorsque la ville d’Alès est attaquée une ligne de blocus infranchissable est mise en place. C’est à cette prudence que Nîmes dut son salut, la peste ne fit aucune victime et les Nîmois purent aussi aider les Alèsiens et les Arlésiens.

Ce ne sera pas la même attitude que rencontreront Gabriel et Cécile. L’ignorance, la peur guidaient les habitants de Sérignan et de Ste Cécile, certainement aussi une farouche volonté de se débarrasser rapidement de ce qui était inconnu, provenait d’un monde duquel ils n’avaient que des informations parcellaires, déformées.
Ainsi seront fusillées deux personnes, peut-être même pas malades, certainement soucieuses de fuir un monde où la peste, qui jouait là son dernier acte en France, faisait mourir les gens sans même les contaminer.
On ne pourra pas, à la fin de la lecture de cet acte, éviter d’avoir une forte pensée pour ce curé qui aura su, en rédigeant ce mémoire, faire passer un grand questionnement, un sentiment de pitié sur son monde, sur ces deux «fuyards».
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