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illus 015Relaté dans plusieurs journaux de l'époque, le récit qui suit, emprunté au Petit Journal du 23 juillet 1865, vaut son pesant de mots :

A la bonne heure ! Voilà deux jeunes gens qui ont trouvé à innover en matière de mariage.
Pour dresser leur contrat ils n'ont pas eu recours au notaire ; ils l'ont fait eux-mêmes. Et quel contrat !

Art. 1er. Nous aimant et nous connaissant assez pour être certains que l'un de nous deux ne peut être heureux que par l'autre, nous nous unissons pour vivre toujours ensemble en bons époux.
Elle sera moi et je serai elle ; il sera moi et je serai lui.
Art. 2. (C'est Jules qui parle.)
Je promets à Sophie de consacrer toutes mes pensées, tous mes travaux, tout mon être, à la faire subsister avec probité et décence, elle et les enfants qu'elle me donnera.
Art. 3. (C'est Sophie qui répond.)
Je promets à Jules de contribuer avec lui à préserver notre mariage de la gêne et du besoin ; pour cela je me ferai de l'ordre une habitude et de l'économie un devoir.
Art. 4. (Jules.) Je me dépêche d'avouer que je suis quelquefois emporté et violent dans mes mouvements de colère ; je demande grâce pour le premier moment.
Sophie.- Il sera quelquefois peut-être dur à passer, mais ... accordé.
Art. 5. (Sophie.) Il faudra bien qu'on me pardonne quelque chose. Je puis avoir des inégalités d'humeur, et je me sens disposée à être jalouse.
Jules.- Passe pour des caprices, à condition qu'ils ne seront pas trop fréquents ; à l'égard de l'autre défaut, je srais tenté de m'en réjouir : celle qui sera un peu jalouse ne donnera jamais matière à jalousie.
Art. 6. (Sophie.) Dans les occasions d'importance, il sera juste que ce soit Jules qui décide, car il a plus de jugement et de connaissance que moi.
Jules.- Sophie est trop modeste ; je ne déciderai jamais rien sans l'avoir consultée et convertie à mon idée, ou après avoir adopté la sienne si je la trouve meilleure.
Art. 7. Par suite de l'article qui précède, chacun de nous sera toujours habillé ou paré au gré de l'autre.
Art. 8. Les mots : Je veux, J'exige, J'entends, et autres semblables, sont rayés de notre dictionnaire.
Art. 9. Jules honorera sa femme, afin qu'elle soit honorée d'autrui : il lui témoignera estime et confiance et se gardera bien surtout de donner, en sa présence, l'avantage sur elle à aucune autre femme, en quelque point que ce soit.
Art. 10. Nous nous souviendrons sans cesse que le défaut de propreté et de soin de sa personne peut amener la répugnance et le dégoût. La propreté est au corps ce que l'amabilité est à l'ême : c'est ce qui sert à plaire.
Art. 11. Quoique notre tendresse réciproque nous assure que nous ne manquerons jamais à tout ce que nous venons de prescrire, cependant nous convenons de garder, chacun par-devers nous, les présents articles signés de tous deux ; si l'un de nous paraissait en oublier un seul point, il sera permis à l'autre de les lui remettre sous les yeux.
Art. 12. L'un n'aura rien qui n'appartienne à l'autre. Ce n'est pas la peine de compter ce que chacun apporte, lorsqu'on met tout en commun.
Le coeur et le courage, seule dot que nous apportons, ne se comptent pas, et chacun tâchera d'en avoir le plus possible.

Fait double l'an de grâce 1864.
De tout mon couer,
Signé Jules.
De tout mon coeur et pour la vie,
Signé Sophie.

Et ce contrat n'est ni une invention ni une plaisanterie ; le père de la jeune fille l'a découvert, et, croyant sa fille folle, a mis opposition au mariage, alors que les bans étaient déjà publiés.
La fiancée tient à son contrat, et surtout à son futur mari ; elle a assigné son père en main-levée de l'opposition, et le tribunal de la Seine, dans une de ses dernières audiences, lui a donné gain de cause.
Tout est donc pour le mieux : comme dans toute bonne comédie, le dénouement est un mariage.

Pour information. Les deux époux, qui se prénomment en réalité Charles et Hénlène, ont "un peu" emprunté à la comédie d'Andrieux, "Les Jeunes Étourdis" leur contrat. Contrat qui fut, comme dit dans l'article, bel et bien examiné par le Tribunal civile de la Seine, 1ère chambre, dans son audience du 4 juillet, sous la présidence de M. BEDEL. Plaidant, Me BENOIT-CHAMPY, avocat de la demanderesse ; Me Elie DUFAURE, avocat du défendeur. Conclusions conformes par Me CHEVRIER, avocat impérial.
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