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couvreurSi l'on nomme, classiquement, le couvreur "chat", c'est bien parce que, tel l'animal il court sur les toits. Pour les bretons, plus poétiquement les couvreurs en ardoises sont, à cause du bruit qu'ils font, "Potred ann tok-tok", les hommes du toc-toc, ou marteau.
Plus durs sont les parisiens qui surnomment les ouvriers couvreurs voleurs au gras-double ou limousineux. Ces derniers volent le plomb des couvertures, le coupent en longues bandes avec laquelle ils forment une sorte de cuirasse qu'ils attachent sous leurs vêtement, d'où le nom de Limousineux à cause du gros manteau nommé limousine.
Mais les couvreurs sont soumis à de bien plus grandes souffrances, dont le vertige. Ainsi Grimm, dans les veillées allemandes, rapporte que d'après les lois qui régissent le corps des couvreurs, quand un fils monte pour la première fois sur un toit en présence de son père et qu'il commence à perdre la tête, son père est obligé de le saisir aussitôt et de le précipiter lui-même afin de ne pas être entraîné avec lui dans sa chute.
On raconte qu'un jeune couvreur devant faire son coup de maître et haranguer la foule commença à se troubler au milieu de son discours et cria à son père qui était en bas : "Père, les villages, les montagnes des environs qui viennent à moi !". Le père se prosterna à genoux, pria et invita tout le monde à en faire autant ; le fils tomba et se tua. En Haute-Bretagne, un fils qui était monté avec son père sur un clocher cria bientôt "Papa, voilà les gens d'en bas qui montent !". Le père comprit que son fils était perdu et récita de profundis.
Parmi les autres malheurs des couvreurs on rapporte les tireurs de tout poil, parmi lesquels le comte de Charolais, prince de sang qui, pour s'exercer tirait sur de malheureux couvreurs perchés sur les toits ; les seigneurs de Creuilly et ceux de Villiers qui par passe-temps tuaient les couvreurs sur les toits ; ou bien encore, aux environs de Falaise, un seigneur de Rouvre qui, revenant bredouille de la chasse, déchargeait son fusil sur un couvreur. Dans le Bourbonnais on a donné le surnom de Robert le Diable à un méchant seigneur qui, à l'époque de la Régence, fusillait les couvreurs.
Boileau, dans une lettre à Brossette, dit que les couvreurs, quand ils sont sur le toit d'une maison, laissent pendre une croix de latte pour avertir les passants de prendre garde.
"Une croix de présage,
Et des couvreurs, grimpés au toit d'une maison,
En font pleuvoir l'ardoise et la tuile à foison."
D'après le dictionnaire de Trévoux, on dit "A bas couvreur, la tuile est cassée !" quand on commande à quelqu'un de descendre d'un lieu où il est monté.

Légendes et curiosités des métiers - Paul Sébillot
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