Submit to FacebookSubmit to Google PlusSubmit to TwitterSubmit to LinkedIn
caissargues esq limitBouillargues fut érigée en commune en 1790, réunion de quatre paroisses : Bouillargues, Caissargues, Garons et Rodilhan. Mais, dès 1830, Garons aspire à reprendre son autonomie, à devenir une commune à part entière, ce qui lui sera accordé 5 ans plus tard par ordonnance de Louis Philippe. (voir article)

Caissargues emboitera le pas près de 25 ans plus tard, mais sa demande, tout du moins au début, sera différente. En effet, les Caissarguais ne souhaitaient pas devenir autonomes, ils préféraient intégrer le giron nîmois. Il faut dire qu’à cette époque là, les forains (un propriétaire forain ne réside pas dans le lieu où sont situés ses biens) étaient majoritairement nîmois sur le territoire de Caissargues. C’est ainsi qu’en 1854 la Justice de Paix de Nîmes informe le maire de Bouillargues que,  faisant suite à la demande «qui a été formée par les habitants et forains du hameau de Caissargues, qui a pour objet d’être distraits de la commune de Bouillargues pour être réuni à la commune de Nismes», elle transmet 8 affiches à placarder dans la commune (4 à Bouillargues, 2 à Rodilhan, 2 à Caissargues) pour information et future création d’une commission syndicale.
La commission sera créée par arrêté préfectoral du 30 mai 1854, elle transmettra ses conclusions à la mairie de Bouillargues le 22 juin.

En juillet 1854, lors d’un conseil municipal, le maire, Pierre Louis Vier, exposera les faits à sa manière :
Les habitants et propriétaires forains réclament le rattachement de Caissargues à Nîmes. Ne voulant pas toutefois comparer leur situation à celle de Garons ils se basent sur quelques remarques :
Les forains n’ont pas d’intérêt à ce que le nom de la commune soit Caissargues ou Bouillargues alors que Nîmes, où ils résident, leur convient. Les habitants de Bouillargues n’ont d’intérêt de conserver Caissargues que pour faire contribuer ses habitants aux dépenses qu’ils votent. L’oppresseur (Bouillargues) ravirait au faible (Caissargues) «le fruit de son travail et de sa peine». Suit une énumération de faits (véridiques ou non) parmi lesquels la dotation d’une belle église avec clocher gothique, l’horloge communale, un futur hôtel de ville etc ... Alors que Caissargues, mal lotie, ne possède que le chemin des Canaux, en mauvais état, pour venir au chef-lieu, que le prêtre et l’institutrice sont trés mal payés ...
Dans la suite du discours, il est défendu et réfuté ces dires ; la plupart des sommes engagés sur Bouillargues le sont grâce à d’aimables aides personnelles (Mme Marcia, M. Roux-Carbonnel) ou imposées par des augmentation de population ou nécessité absolue. Certains arguments vont même jusqu’à laisser entendre que l’étendue des territoires serait fantaisiste «...Aussi avec quel laisser aller ils se sont étendus ! De combien nous devons nous féliciter que la rencontre d’une route Impériale ait arrêté leur compas !». Pourquoi Nîmes, possédant déjà un des plus vastes périmètre de l’Empire profiterait du territoire de Caissargues ?
A la suite de l’exposé du Maire, à 20 voix contre six, la demande des Caissarguais est rejetée.

Il faudra attendre cinq ans de plus pour que l’affaire soit à nouveau relancée par les Caissarguais ; le 18 mai 1859 ils s’adressent au Préfet du Gard :
Demande des habitants de Caissargues à M. Le Préfet du Gard,
«Les soussignés, habitants du hameau de Caissargues, avaient formé une demande tendant à être séparés de la commune de Bouillargues et réunis à la commune de Nîmes.
Par une délibération en date du 12 courant, le conseil municipal de Nîmes a émis un avis contraire à ce projet. Il serait oiseux de discuter ici les motifs d’une pareille décision quelque surprenante qu’elle puisse nous paraître. Loin de la combattre, nous l’acceptons. En conséquence nous venons vous déclarer, Monsieur le Préfet, que nous renonçons à l’utilité de notre demande et nous vous supplions de vouloir bien prendre les mesures nécessaires pour que le hameau de Caissargues et son territoire soient érigés en commune séparée».
Suit la liste de motifs et informations :
- le conseil municipal épuise toutes les ressources de la commune dans son intérêt particulier
- les chemins ne sont pas entretenus, les propriétés non surveillées
- beaucoup de problèmes avec les instituteurs
- différence dans le comptage des populations de Caissargues
- trop d’impôts ne servent qu’à Bouillargues (suit une longue série de chiffres et démonstration de la capacité  de Caissargues à s’assumer tout en laissant à Bouillargues des revenus suffisant)
- les signataires font remarquer que Caissargues est éloignée de plus de 5000 mètres de Bouillargues et que les échanges commerciaux et d’intérêt les lient plutôt à Nîmes
- ils concluent en notant que tous les bâtiments, de Rodilhan et Bouillargues sont neufs et que, s’ils s’en construit de nouveau, ils n’intéresseront certainement pas Caissargues. A l’exception de l’agrandissement de l’église de Caissargues voté solidairement de la nouvelle mairie de Bouillargues (arraché!). Les pétitionnaires font remarquer que si la séparation est admise, ils assumeront cet agrandissement mais pas la construction de la mairie de Bouillargues !
Ainsi le 7 juin 1859 le Commissaire enquêteur annonce sa venue à Bouillargues pour le vendredi 24 juin afin d’écouter les observations des habitants «pour, sur ou contre le projet». Le maire, Vier, réclame l’arrêté du 24 mai dernier concernant la venue du juge de paix le 24 courant. Le Préfet stipule que l’arrêté ne le prévoit pas et qu’il s’agit de l’éclairage de M. le Juge de Paix concernant cette affaire. On voit que la situation n’est toujours pas décantée et qu’elle n’est pas prête à le devenir !
Le 6 juillet 1859, arrêté de la préfecture suite à la demande formulée par divers habitants du hameau de Caissargues pour ériger Caissargues en commune. Une commission de 21 membres devra être créée, élus par les électeurs municipaux de la section de Caissargues.
Les Bouillarguais vont, bien entendu, réagir officiellement à la demande des Caissarguais auprès du Préfet, il lui adresse, le 10 juillet 1859, une lettre :
Les habitants de la commune de Bouillargues à M. le Préfet,
«Les soussignés ayant appris que les habitants du hameau de Caissargues, dépendant de la commune de Bouillargues, n’ayant pu réussir à se faire accepter par la ville de Nîmes pour s’y joindre reprennent par dépit sans doute, leur opposition en sous oeuvre et demandant à être érigé en commune ont l’honneur de vous supplier de recevoir leur opposition collective».
Suit une liste de motifs dont :
- la population de Caissargues est de 342 et non 557
- éloignement de domaines réclamés tels que Bellecôte, Vendargues, Sagnier , Aubais, Le Bolchet et les quatre Tuileries.
- les limites de la communes qui devraient être celles des anciennes dépendances de Caissargues
- Rodilhan pourrait alors également réclamer à être séparé et ainsi les limites de Caissargues venant aux première maisons de Bouillargues, comme Rodilhan viendrait alors également contre Bouillargues au Nord, il ne resterait plus rien dudit Bouillargues
- récriminations infondées sur des fonds pour l’église de Bouillargues, le cimetière ou les écoles (biens obtenus par les soins du curé afin d’alléger les contribuables
- une aide, toujours constantes, à Caissargues pour l’église, les écoles, l’achat du cimetière
Les soussignés précisent qu’ils ne peuvent s’opposer à l’érection en commune mais ils souhaitent que les limites de la commune ne dépassent pas les anciennes.
La commission syndicale de Caissargues sera constituée, elle est composée de :
Président élu : Mr Palisse de Mérignargues (réputé seigneur du village)
Secrétaire : Mr Baragnon
Doyen d’âge : Mr Pierre Grégoire
Messieurs Louis Sabray, Crouset, Etienne Martin, Claude Martin, François Bonnari, François Chiron, Guillaume Jean, Césaire Gouvernait, Jean Rouquier, Auguste Dayon, André Ravanis, François Brun, Paul Reboul, Auguste Pécheral, Louis Avignon, Mazel Dumas.
La commission, réunie le 21 juillet 1859, exprimera son avis :
La commission considère que la demande des habitants de Caissargues est juste. Le manquement d’entretien du chemin de la Carreïasse, les quelques fonds arrachés pour la construction d’une école et la difficulté pour l’obtention d’une somme destinée à la réfection de l’église concourent à cette décision.

«Cet état de choses qui ne fait que s’agraver, a créé entre les deux populations un état d’antagonisme qu’il est urgent de faire cesser en accordant la séparation demandée
La population de Caissargues devrait alors être de 500 âmes et son territoire de 700 hectares avec des ressources suffisantes.
Il semble que Bouillargues ne conteste pas cette séparation mais discutent sur les limites.
«Nous demandons que les limites de la commune de Caissargues au levant soit la grande route de Nîmes à Arles jusqu’aux pieds de la montée et à partir de ce point la route qui conduit à Garons en passant entre les tuileries et le château de Bellevue».
La commission fait remarquer qu’il s’agit déjà des limites paroissiales.
Les Bouillarguais tracent plutôt une ligne entre deux bornes, une située le long du chemin des canaux et l’autre en bord du Vistre.
La commission, réfutant les arguments se référant à la 13e section de la ville de Nîmes dont les communes de Bouillargues et Caissargues, entre autres, faisaient partie, préfère prendre connaissance d’une document intitulé «Plan d’une partie de la campagne de Nîmes du côté du Vistre comprenant Bouillargues, Bellegarde, Manduel et Rodilhan». Plan se trouvant dans le premier volume relié des cartes et plan de la ville de Nîmes sous le n° 166.
La commission fait remarquer qu’une main imprudente a même tracé une ligne et une légende «Ancien bornage de Caissargues» sur le plan cadastral des archives de Bouillargues, limite qui n’existe pas sur la copie du plan affichée dans la salle du conseil municipal pas plus que l’original détenu par le Directeur des contributions directes !
En outre la commission mentionne que dans la nuit du 15 mai 1859 «un sculpteur anonyme, armé des outils nécessaires s’est transporté auprès des deux bornes susmentionnées, et sur celle qui se trouve le long du chemin des canaux, il a gravé d’un côté ce mot : Bouillargues  de l’autre ce mot : Caissargues. Sur celle qui se trouve le long du Vistre  basse et cachée dans l’herbe de la rive il n’a pas put trouver la place de cette double inscription et il s’est contenté d’inscrire, sur la face supèrieure, le simple mot limites».
La commission cherche à se baser, pour établir les limites de la commune, sur l’ancienne dimerie de Caissargues. Cette dimerie, connue des plus anciens de la commune, souvent repérée encore grâce à d’anciennes bornes (dont les fameuses évoquées ci-dessus et d’autres sur la commune de Garons) étant de fort belle dimension et convenant aux gens de Caissargues à la condition que Nîmes céde certaines terres. Cinq maisons de Caissargues sont effectivement construites sur le territoire de Nîmes.
Les limites de la commune souhaitée sont trés précisément exprimées dans ce document grâce aux bornes, cours d’eau, lieux décrits.

Aucune véritable réponse ne sera donnée. En juillet 1860 la préfecture du Gard réclamera à la mairie de Bouillargues ses délibérations concernant l’affaire. En juin 1888 la préfecture émet un arrêté visant à la composition et élection d’une commission (5 membres) à effet de donner son avis sur l’érection de Caissargues en commune. L’élection est fixée au dimanche 1er juillet 1888. En juin 1890 la section de l’Intérieur du Conseil d’État souhaite des précisions sur les motifs qui justifient la demande de séparation et sur le nombre d’habitants des mas de Bolchet, de Sagnier, de Bellecôte et de Vendargues qui ont protesté contre leur séparation de la commune de Bouillargues.
Déjà 36 ans que les Caissarguais bataillent, ils n’ont toujours pas obtenu gain de cause ...

Ainsi, entre son désir d’indépendance ou d’appartenance à la grande ville voisine et les réticences de Bouillargues a laisser partir autant de possibles revenus, Caissargues n’essuyait que d’amers revers. Mais depuis 1850 et les nombreuses demandes faites de part et d’autre, par les Caissarguais, par la section de l’intérieur du Conseil d’État, par la Préfecture, les mentalités finissaient par évoluer et les évènements se préciser. Ainsi, de nos jours, on peut se demander si la commune de Caissargues aurait pu se déterminer comme celle de Courbessac ou de Saint Césaire au moment où la demande de rattachement à Nîmes fut émise.

Le silence de Bouillargues aux demandes de la préfecture (tout comme leurs ancêtres l’avaient fait pour la séparation de Garons) semblait prouver que la municipalité n’était pas décidée à se plier aux ordres de la République en n’ayant pas du tout envie de céder une partie de son territoire à quelques habitants et forains nîmois.
Mais les différentes injonctions de l’état finirent par porter leur fruit : en 1904 Caissargues devenait commune et si la satisfaction de certains se mêlait à l’amertume des autres, on pouvait même se demander si la population locale voyait cela d’un très bon oeil ... celle de Bouillargues diminua donc d’à peu près 500 habitants passant de 2372 en 1903 à 1833 en 1904.

Le journal officiel du 17 janvier 1904 promulguait une loi votée à la Chambre des députés, signée par le Président de la République, érigeant le hameau en commune.

Selon M. Pons, dans son ouvrage sur la commune de Bouillargues cela fut fait «dans des conditions d’un tel favoritisme que tous les habitants de Bouillargues, avant la promulgation de ce projet, en avaient énergiquement protesté contre les défauts de délimitation».
Dans une pétition qu’ils adressent à la Chambre des députés, les conseillers municipaux et tous les électeurs Bouillarguais disent :
«Que s’il est donné, d’après le projet soumis au parlement, 768 hectares 65 ares à Caissargues et laissé 1942 hectares 21 ares à Bouillargues, soit : 150 ares de terrain par habitant à la future commune qui ne sera composée que de 510 habitants et n’octroie aux 1857 restant à Bouillargues et au hameau de Rodilhan 104 ares par habitant. La nouvelle commune de Caissargues est donc, de ce fait, favorisée d’un tiers.
Aujourd’hui, continue la pétition, par l’effet de la répartition du territoire qui attribue à Caissargues les terres de première classe produisant le plus fort impôt et par l’effet de la répartition inversement proportionnelle des charges, il se trouve que la future commune de Caissargues aura par tête d’habitant deux fois plus de revenu et six fois moins de charges que celle de Bouillargues.»
info passion logo-240px
info soirat-240px
info pasarea-240px
Aller au haut