Alain Soirat généalogiste    
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ancetreLe 25 janvier 1861, Jean Baptiste FELLENS, auteur d'un manuel de généalogie des peuples anciens et modernes, entre autres, faisait remarquer à messieurs les académiciens qu'une nouvelle fois, leur dictionnaire, malgré ses remarques, répétait une erreur au sujet du mot ancêtre, qu'à leur tour les lexicographes reproduisaient.
"M. POITEVIN lui même, qui se targue, "en coordonnant les matériaux de son dictionnaire, d'avoir dressé un catalogue exact et fidèle des termes qu'un usage général et l'autorité de nos grands écrivains semblent avoir définitivement consacrés." a encore reproduit l'erreur en question.
Ancêtres. (dit-il) n. m. pl. (nom masculin pluriel) ; et il donne, en effet, plusieurs exemples de l'emploi de ce substantif au pluriel.
Puis avec une distraction charmante il termine l'article par cette phrase : "on est toujours beaucoup plus jeune que son ancêtre." dans laquelle le mot n'est pas un nom pluriel."

Étrange, fort étrange, nos ancêtres ne seraient-ils que foule, agglomérat, famille nombreuse et ne pourraient-ils pas se singulariser ?
M. FELLENS, veut prouver le contraire aux académiciens et part en démonstration, supporté par deux grands noms de la littérature :

VOLTAIRE : "Les papes n'avaient excommunié aucun souverain depuis l'an 1630, et c'était justement un duc de Parme, ancêtre maternel du duc régnant."
ou bien encore, le même, en 1588 "Un ancêtre plus important de ce prince, le grand Henri IV avait été excommunié par Sixte-Quint".
MONTESQUIEU, dans ses lettre persanes (L 39) à propos d'une lumière : "passant d'ancêtre en ancêtre de Mahomet, parvint enfin jusqu'à lui."

FELLENS continuera en citant nombre d'écrivains, dont un grand nombre contemporain, qui emploient "ancêtre", au singulier. La sixième édition de l'oeuvre des académiciens s'entêtant à le définir comme un mot pluriel.
"La famille mortelle aime à conserver le souvenir des parvenus de la gloire, comme on garde celui d'un ancêtre fameux ou d'un bienfaiteur" (Emile SOUVESTRE, 1856)
"Ses aïeux furent les bienfaiteurs du pays et sa famille est comme l'arbre sous lequel se sont abritées les générations qui nous ont précédées, et plus d'un ancêtre de ceux même qui sont ici devant vous." (Revue de Paris, 15 décembre 1857)
"Chaque tribu (arabe) avait pour nom le nom de son premier ancêtre." (De LAMARTINE, Histoire de la Turquie, 1859)
"Notre ancêtre était un homme et un homme de grand génie." (Journal l'Opinion nationale, 26 avril 1860)
...
Il concluera en ces termes :
"je pense qu'après avoir vu ces témoignages l'Académie française n'hésitera pas à reconnaître que le mot ancêtre s'emploie très bien au singulier, surtout pour désigner un ascendant plus éloigné que le grand-père."

Dans les anciens termes employés, on ne trouve pas le nom ancêtre, tout au plus, y faisant allusion, l'adjectif "ancestrel" signifiant "qui vient des ancêtres". L'hommage ancestre était un hommage que le seigneur recevait, au même titre que ses ancêtres, de leurs vassaux. Ceci pourrait expliquer cela.

En 1905, le Petit Larousse insiste et joue la carte de la définition du pluriel avant le singulier :
"ANCÊTRES n. m. pl. (lat. ante, auparavant, et cedere, marcher). Ceux de qui l'on descend, ceux qui ont vécu avant nous. S. : un ancêtre, une ancêtre."
Ce qui est modifié de nos jours en "
Ascendant d'une personne ou d'une famille antérieur aux parents ; aïeul : Il a un ancêtre général d'Empire.
Précurseur lointain d'une personne notoire, initiateur d'une idée, d'une doctrine, ou, en parlant de quelque chose, réalisation qui en préfigure une autre : Considérer Buffon comme l'ancêtre des évolutionnistes.
Familier. Personne d'un âge respectable, vieillard."

La 8ème édition du dictionnaire de l'Académie, toujours en vigueur, donne comme définition :
"ANCÊTRE. n. m. Celui de qui l'on descend par son père. L'ancêtre de ce souverain. Et moi aussi, je suis un ancêtre.
Les ancêtres, ceux de qui l'on descend. Il ne se dit guère que de Ceux qui sont au-dessus du degré de grand-père et qu'en parlant des maisons illustres. Dégénérer de la vertu de ses ancêtres. Le tombeau de ses ancêtres. Tous ses ancêtres se sont rendus recommandables. Il marche sur les traces de ses ancêtres.
Il signifie aussi Tous ceux qui nous ont devancés, encore que nous ne soyons pas de leur race. Nos ancêtres nous ont laissé de grands exemples. C'était la coutume de nos ancêtres."
Un progrès !

Dans sa 9ème édition, en cours de rédaction, le dictionnaire de l'Académie, dont le tome 1 qui nous intéresse est publié, se positionne ainsi :
"ANCÊTRE n. (rare au féminin). XIIe siècle, ancestre. Emprunté du latin antecessor, -oris, «éclaireur (au sens militaire)», d'où, en bas latin, «prédécesseur, devancier».
 1. Anciennt. Celui de qui l'on descend par son père ; aïeul. L'ancêtre de ce souverain. Auj. Ascendant, généralement plus lointain que les grands-parents. Notre ancêtre commun. Un illustre ancêtre. Il marche sur la trace de ses ancêtres. Au pluriel. Ensemble des ascendants. Il a voulu mourir sur la terre de ses ancêtres. Le tombeau de ses ancêtres. Le culte, le respect des ancêtres.   En parlant d'un peuple. Nos ancêtres nous ont laissé de grands exemples. Telle était la coutume de nos ancêtres. Nos ancêtres les Gaulois.  2. Précurseur, initiateur d'un mouvement d'idées. Babeuf est souvent cité comme un ancêtre du communisme. Par ext. Objet, invention technique qui a préparé les progrès ultérieurs. La draisienne est l'ancêtre de la bicyclette.  3. Fam. Personne d'un grand âge. C'est l'ancêtre du village, de la famille, ou, ellipt., c'est l'ancêtre."

L'Académie aurait-elle écouté M. FELLENS ? La phrase "Ascendant, généralement plus lointain que les grands-parents" pourrait nous le laisser comprendre !
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